Perpétuer la mémoire, inventer l’avenir

ALM : Votre exposition inaugure une nouvelle année, avec une nouvelle vision, pour la Villa des arts. Dans quelle mesure votre travail répond-il à cet objectif ?
Soumiya Jalal Mikou : Mon exposition tente en effet de répondre à cette nouvelle vision, conçue et tracée par la directrice de la Villa des arts, Yasmine Chami. C’est suite au contact qu’on a eu que l’idée de cette exposition a vu le jour. Et l’ensemble de ma démarche se veut un moyen d’accompagner cette nouvelle politique culturelle, tournée vers les masses et vers la société.
D’autant que mon travail est une jonction entre un savoir-faire et des techniques artisanales, dans le sens où je prend appui sur des méthodes artisanale pour donner forme à mes travaux, et l’expression artistique dans son attribution contemporaine et liée à la création. Il s’agit d’un aller-retour entre deux référentiels, qui s’ouvre également vers la production industrielle. Le message derrière cette approche n’est autre que ma recherche de faire sortir l’artisanat de la bulle folklorique dans laquelle il est toujours confiné. D’abord, en jouant sur la contemporanéité. Ensuite, par l’ouverture à l’industrie. Et enfin, par le partage avec d’autres créateurs en herbe via des ateliers de formation. Le dialogue avec les artisans et les créateurs est la seule garantie de pérennité et de consolidation de ce savoir-faire ancestral qu’est l’artisanat.
Dans cette approche qui revoie à plusieurs dimensions, où commence l’art et où se termine l’artisanat ?
Répondre à cette question suppose un retour à la définition même de l’artisanat et de l’art. Qu’est-ce que l’artisanat si ce n’est la maîtrise d’un savoir-faire autour d’un métier donné. Dans mon cas de figure, c’est bien le tissage et dans ce sens, je suis aussi artisan. L’art, quant à lui, est un acte de création. Si la technique est artisanale dans mes travaux, l’approche reste, elle, purement artistique. Ceci dans la mesure où un travail de recherche, sur les matériaux, sur la lumière, accompagne systématiquement un tissage qui répond à des techniques anciennes. En d’autres termes, je crée un objet à travers l’artisanat et ayant comme base le tissage. Le tout est doublé d’une recherche d’utilité, en confrontant la matière à des tests d’utilité.
Le souci serait-il donc double, artistique mais aussi purement décoratif et fonctionnel ?
En effet, la démarche que j’adopte a plusieurs objectifs. A travers cette exposition, ce sont certes des objets d’art qui sont présentés. Ils répondent d’abord à un objectif d’expression plastique reposant sur un travail de texture et de couleur, alliant des matières peu ou pas utilisées d’habitude dans l’artisanat. Mais ils sont aussi décoratifs et architecturaux, vu ma formation et mon métier de designer, et mon souci d’utilité. Il faut que la matière résiste à l’épreuve de l’utilisation et du temps.
Une façon pour moi de rendre hommage à une mémoire qu’on gagnerait à sauvegarder, tout en inventant un avenir où cette mémoire, d’une manière ou d’une autre, serait toujours présente.

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