«Phèdre», réinventée par Rist

Les spectateurs de la représentation de « Phèdre » ont été estomaqués par la disposition de la scène. Deux blocs de places assises sont disposés de façon frontale à l’intérieur d’une tente. Une scène longue et filiforme traverse les rangs. Cette jetée est reliée à deux plateaux latéraux. Les comédiens évoluent au milieu des spectateurs. Voilà ce que réserve Christian Rist, le metteur en scène de « Phèdre », aux spectateurs.
Cette mise en scène rompt radicalement avec le théâtre à l’italienne qui constitue, comme l’on sait, le décor habituel de la majorité des représentations. Christian Rist défend son choix audacieux en ces termes : «j’avais envie d’une mise en scène surprenante, qui renouvelle la vision du théâtre racinien. Je voulais que le public soit le plus près possible des acteurs ». La scène du milieu évoque le podium d’un défilé de mode, de telle sorte que les spectateurs regardent les comédiens en contre-plongée. Ce qui ajoute de la hauteur à la stature des comédiens, accentue leur présence.
Autre surprise : tous les acteurs sont présents sur scène, y compris Thésée qui gît dans un coin. Les spectateurs ne sont pas au bout de leur surprise, puisqu’ils sont pris au dépourvu par le débit lent des acteurs. Ils ont une diction qui respecte parfaitement les vers de Racine. Chaque syllabe est articulée, de telle sorte la tragédie en vers de Racine est scrupuleusement respectée. Mais en même temps, Rist réinvente complètement la mise en scène. La pièce entière est à placer sous le signe d’un respect du texte et d’une grande liberté sur le plan de la scénographie.
Par ailleurs, le mouvement des comédiens rejoint l’éclatement de la scène. Ces derniers évoluent souvent aux deux bouts opposés du podium, ce qui oblige les spectateurs à passer d’un acteur à un autre comme dans un match de tennis. Tout cela est parfaitement innovateur et dépoussière le théâtre de Racine des siècles de représentations dont il se joue fièrement. Le fait aussi que les comédiens ne quittent jamais la scène, pousse à regarder non seulement celui qui parle, mais l’autre qui est là et qui fixe par sa posture notre regard. Au demeurant, la mise en scène de Rist doit beaucoup au Nô japonais. Cela est manifeste dans la conjonction d’une diction très conventionnelle, les déplacements et la passion emflammée des comédiens. Autre chose qui participe du Nô, c’est la magnificence des costumes. Par ailleurs, il faut se féliciter du jeu de l’actrice Véronica Varga (Phèdre) et de Sylvie Chenus (Œnone).
Ce tandem restitue une grande complexité aux rapports de Phèdre avec sa domestique. Rapport non dénué d’une passion qui va au-delà de la simple affection que peut avoir une servante pour sa maîtresse. Œnone a encouragé, comme on le sait, Phèdre à avouer sa passion à son beau-fils Hyppolite.
Ce dernier rejette catégoriquement les avances de sa belle-mère. Dépitée par cette froideur, et désarçonnée par la réapparition de son mari, Thésée, qu’elle croyait mort, celle-ci se laisse guider par les manoeuvres de Œnone qui accuse injustement Hyppolite d’avoir voulu abuser de sa maîtresse en l’absence de son mari. Furieux, ce dernier invoque la vengeance de Neptune. Lorsqu’il veut révoquer son voeu, il est trop tard.

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