Piano : D’un Polonais l’autre

Piano : D’un Polonais l’autre

La salle du théâtre Mohammed V était comble ce samedi soir à Rabat. Un public essentiellement jeune, et moins jeune, était venu assister à une finale pas comme les autres. Il s’agissait de la finale du Concours international de musique du Maroc, consacré au piano, qui en est à sa quatrième édition.
Une édition tenue sous le signe de la confrontation. La confrontation entre les différents finalistes, dont le nombre a été revu à la hausse, passant de trois comme le veut la tradition, à quatre. La raison n’est autre que le mal que le jury a eu à trancher entre l’Italien Davide Franceschetti et l’Ukrainien Sergei Salov. A ces deux derniers se sont ajoutés le Sino-canadien Avan Yu et le Polonais Rafal Blechacz.
Les quatre ont dû pour leur part se confronter à un orchestre philharmonique marocain qui gagne, au fil des expériences, en professionnalisme et en assurance. Et tous ont été confrontés à un public marocain de plus en plus nombreux, de plus en plus connaisseur en musique classique. De quoi donner plus d’ardeur à une épreuve rude, sur les airs de deux concertos où l’éternel brio de Rachmaninov et son concerto n°2 devaient s’imposer devant la profonde subtilité qui marque l’oeuvre de Chopin, avec son concerto n°1. Une oeuvre présentée à l’époque par un Chopin qui avait 18 ans, l’âge de celui qui devait l’interpréter en premier, à savoir le Polonais Rafal Blechacz. Serein et paisible, c’est avec calme qu’il a joué cette romance, toute aussi calme et mélancolique.
L’accompagnement s’est fait presque en sourdine, avec des violons dont la sonorité des cordes a été diminuée. Presque à l’opposé, on retrouve un concerto n°2 de Serge Rachmaninov où le tonalisme et la densité pianistique l’emportent sur le dynamisme.
Une virtuosité un peu brutale, très extériorisée que l’Ukrainien Sergei Salov (21 ans) a interprété avec brio et autant de nervosité. Une nervosité qui s’assimile à un acte de volonté de dominer le piano, un sentiment que renforce la grande carrure du pianiste. Se sont suivis après, le Sino-canadien Avan Yu (Chopin) et l’Italien Davide Franceschetti (Rachmaninov). Si ce dernier a réussi à s’imposer devant les membres du jury, présidé par la Japonaise Yuko Yamaoka, et a occupé la deuxième position à la fin, le premier n’en a pas moins ébloui le public, glanant le Grand Prix du public, une innovation qui fait le charme et la particularité du concours.
La nervosité et la carrure de l’Ukrainien (troisième prix) ont, quant à elles, dû céder le pas au génie tranquille du Polonais, qui partage non seulement le pays du grand Chopin, mais aussi sa sensibilité. C’est ainsi qu’il a été sacré premier prix de l’édition de cette année. Une édition où l’orchestre philharmonique s’est également distingué, notamment par sa prouesse technique, ayant joué quatre représentations dans la même soirée, soit plus de quatre heures de performance, doublées de quatre heures supplémentaires de répétition dans la matinée du samedi. Plus qu’une compétition, ce concours a été un moyen de hisser le standing des jeunes Marocains en leur faisant découvrir les talents les plus prometteurs du piano, grâce à l’apport du directeur artistique, Marian Rybicki.
L’occasion également pour les organisateurs, à leur tête le président de l’orchestre philharmonique du Maroc, Farid Bensaïd, de revenir aux attentats perpétrés en Espagne, rendant par la même occasion un hommage chaleureux au peuple espagnol, meurtri par cet crime, à qui cet événement a été dédié.

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