Pied de lettre

Les écrivains algériens et marocains viennent de réussir ce que les politiciens peinent à articuler. Ils ont donné un retentissant exemple de solidarité maghrébine. Ils ont fait bloc contre les arrogants intellectuels orientaux. Le Machrek devait rendre le témoin de la présidence de l’Union des Ecrivains Arabes (UEA) au Maghreb, lors du congrès de l’UEA qui vient de se tenir à Alger. Le Syrien Aqla Arsan devait abandonner son poste de secrétaire général à un successeur pressenti, l’Algérien Azzedine Mihoubi. Le Syrien a déjà à son actif deux mandats et ne pouvait prétendre à un troisième. Mais en vrai Arabe, il a suivi l’exemple de nombreux chefs d’Etats arabes : il a refusé d’abandonner son siège à un autre. “Compte tenu des circonstances exceptionnelles dans lesquelles sévit le monde arabe et des menaces qui pèsent sur notre nation, l’actuel secrétaire général sera reconduit à ce poste“, a crié très dignement un écrivain arabe. Huit délégations sur treize ont signé un papier pour entériner cette décision. À leur tête la délégation égyptienne et tunisienne. La mort dans l’âme, la délégation algérienne allait se résoudre à ne pas contrarier ses hôtes, quand le poète marocain Hassan Nejmi a surgi comme un diable. “Hors de question de répéter la mascarade des dirigeants du monde arabe. Si, nous écrivains, ne donnons pas l’exemple d’une démocratie, qui peut le faire ?“ Un Egyptien l’a traité alors de semeur de zizanie et de traître de la cause arabe. Hassan Nejmi, qui a en a vu d’autres, a foutu un beau bordel, criant plus fort que les autres, allant jusqu’à brandir la menace de la démission de l’Union des Ecrivains du Maroc. Les Algériens, encouragés par son audace, lui ont emboîté le pas. Pour apaiser les colères, l’UEA a modifié sa loi organique en créant une présidence de l’Union qui reviendra à l’Algérie, tout en maintenant le secrétariat général entre les mains du Syrien Arsan. Le monde arabe n’est pas encore mûr pour accepter une mesure démocratique, y compris de la part de ceux censés mieux le défendre. L’union du Maghreb est en revanche plus avancée qu’on ne le croit. Nos écrivains l’ont déjà réalisée.

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