Pied de lettre

Deux affaires ont jeté une encre surannée sur la vie culturelle au Maroc. La première a provoqué l’ire des éléments de l’ordre au motif d’un sit-in non autorisé. La seconde a été à l’origine de cris d’indignations contre la censure. Des artistes et pharmaciens se sont rassemblés devant le Parlement pour protester contre les accords de libre-échange entre le Maroc et les USA. Ils n’avaient pas obtenu d’autorisation pour le faire. Un film du réalisateur français Patrice Chéreau a été amputé de 40 secondes par la commission de visionnage du CCM. Il était programmé aux Instituts français qui ont refusé de le projeter. Ils ont été offensés qu’une autre main se mêle à celles des deux personnages de “Son frère“. La scène d’amour incriminée risquait de tourner à la partouze. Les manifestants devant le Parlement ont été “dispersés“ avec des bâtons. Les éléments de l’ordre n’ont pas été indulgents envers nos artistes. Ils les ont roués de coups. Ce n’était pas du cinéma, bien que certains se soient empressés de se mettre sur le devant de la scène, en exhibant leurs bleus comme un butin de guerre. En fait, qu’est-ce qui fait crier contre des procédés liberticides dans l’une et l’autre de ces affaires ? Pour le cas du film, il existe des commissions d’octroi de visa d’exploitation dans tous les Etats démocratiques. Elles ne censurent pas, mais mettent des mises en garde. Le film de Chéreau ne peut être regardé par tous. Le fameux “interdit aux moins de 18 ans“ aurait pu faire l’affaire. Dans certains pays, on détourne même des films de leur circuit naturel en les répertoriant X. Quant au sit-in non autorisé, qui d’entre nous n’a jamais vu des manifestants récalcitrants se débattre pour échapper à l’emprise des éléments de l’ordre, équipés comme des therminators ? Ils ne se servent pas de leur attirail pour bastonner, mais délogent les protestataires en les déracinant du sol. Ils les dispersent sans apposer de tons violacés sur leurs peaux. Font respecter la loi, sans se servir du bâton. Au final, ils atteignent les mêmes objectifs que ceux qui font entendre les sifflements des matraques et grincements des matraqués : ils empêchent un rassemblement non autorisé. Seule la manière diffère. La démocratie est aussi une question de manière dans l’art d’appliquer la loi.

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