Pied de lettre

Qui d’entre-nous n’a pas oublié le reste pour regarder de tous ses yeux un seul locuteur ? Le modérateur. Celui qui introduit les participants dans une table ronde. Celui qui construit de jolies phrases de synthèse entre les interventions des participants.
Quels que soient son âge et son origine, il se sent obligé de faire de l’esprit. Souvent, la nécessité de montrer qu’il est tout aussi brillant que les intervenants, lui fait oublier son rôle de modérateur. Parlent-ils d’engagement des intellectuels qu’il éprouve la nécessité d’organiser un défilé de prestigieux noms ? De Zola jusqu’à Sartre, tout y passe. Dame, le modérateur n’est pas là pour faire de la figuration, mais pour produire des idées.
Lors d’un Salon du livre, un chercheur a dénudé tout ce que comporte à la fois de ridicule et d’excessif le rôle d’un modérateur. Il n’a pas modéré les propos des autres, mais a palabré plus que l’ensemble des intervenants. Quatre invités se sont exprimés, chacun, en dix minutes. Lui, il a parlé pendant au moins une heure. Les assistants ne savaient plus qui faisait quoi. Les étudiants qui prenaient des notes, ont rempli leurs feuilles par les propos d’un modérateur dont ils ignoraient jusqu’au nom. Les participants se regardaient entre eux, incrédules devant autant de facilité à deviser. L’un d’eux, sans doute piqué dans son amour propre, a fini par dire : “Monsieur l’on m’invite souvent à modérer dans des tables rondes, et je me contente de veiller à ce que les intervenants ne dépassent pas le temps qui leur est imparti.
Après vous avoir écouté commenter autant de sujets, je déclarerais désormais mon incompétence à m’acquitter de cette fonction“. Un autre éminent professeur a dit : la diarrhée se soigne, la logorrhée non.

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