Pied de lettre

Deux Allemandes sont venues chercher de l’art contemporain au Maroc et n’ont rien trouvé. Au bout de dix jours de recherches, elles sont reparties bredouilles vers une autre destination. Alia Rayyan et Asal Farjam sont responsables d’une revue d’art vivant, joliment intitulée “Bidoun“ (www.bidoun.com). Cette publication se propose de montrer en Allemagne la vitalité des formes plastiques dans le monde arabe et au Moyen-Orient. Ses deux principales animatrices ont jeté donc leur dévolu sur notre pays. Elles sont venues effectuer un reportage, en vue de consacrer un numéro spécial au Maroc. Elles ont fait le tour des galeries et ateliers d’artistes à Rabat, Casablanca et Marrakech. Ce qu’elles ont vu ne les a pas convaincues. Ce qu’on leur a demandé de regarder leur arrachait, à chaque fois, une grimace polie. Les deux Allemandes n’ont pas formulé un jugement de valeur sur les oeuvres, mais semblaient très surprises de l’abîme qui sépare l’art contemporain tel qu’il se pratique ailleurs et l’uniformité d’une seule expression plastique ici : la peinture. Les sept ou huit artistes marocains qui se battent pour l’art contemporain au Maroc ne sont pas – mille fois hélas !– assez nombreux pour garnir les pages du numéro spécial d’une revue. Déçues, les deux Allemandes ont pris la direction du Caire, dans l’espoir de trouver une réalité plastique mieux diversifiée et plus vivante. Que faire après leur dérobade ? S’enfermer dans un nationalisme exacerbé et imputer à leur strabisme le fait de chercher ailleurs un art qui existe… chez nous ! Ou bien se poser des questions sur la contemporanéité des formes plastiques ici. Et dans ce cas, il faudrait se résoudre à admettre que dans le domaine des arts plastiques, la peinture est l’expression hégémonique au Maroc. Cette peinture voyage très mal hors de nos frontières. Hormis quelques noms qui ne dépassent pas les doigts d’une seule main, les peintres marocains sont inconnus à l’étranger. Bien entendu, on peut être tenté de chercher des expédients, genre racisme ou européocentrisme, pour jeter la pierre à ceux qui ne convient pas nos peintres aux grands rendez-vous. C’est plus rassurant.

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