Pitbull : un danger public au maroc

Pitbull : un danger public au maroc

Samedi après-midi. Les rues du quartier Maârif de Casablanca sont pleines à craquer. En familles, entre amis, en couples, des gens toutes catégories d’âges confondues, se promènent dans l’un des quartiers les plus animés de la capitale économique. Ce jour-là, dans une petite ruelle, un jeune adolescent, âgé d’environ 18 ans, se fait remarquer dans la foule. Non pas à cause de son look inspiré des rappeurs américains comme Snoop Dog ou Eminem. Mais à cause de son animal de compagnie : un pitbull. Le chien était si terrifiant que des piétons ont préféré prendre les pieds à leurs cous, de peur d’être mordus. Mais voilà, l’animal racé prit pour cible un caniche. Sans prévenir, il se lança sur ce toutou inoffensif et lui morda la patte. Son maître lui ordonna de lâcher prise, mais sans résultat.
Le pauvre chien, prend au piège, essaya à son tour de se libérer, en vain. Le pitbull finit par l’immobiliser. Le propriétaire du pitbull commença à le frapper en espérant qu’il lâche prise. Chose qui ne servira à rien puisqu’il continua de s’acharner sur sa victime comme s’il voulait lui arracher la patte. Pour le reste, personne n’osait intervenir. Les gens sont restés immobiles, terrifiés, assistants, impuissants, aux gémissements d’une créature faible en détresse.  Résultat, le corps du chien est pris de convulsions tandis que son sang gicle. Le pitbull a fini par lâcher sa proie… au bout d’une dizaine de minutes. Bien que le pauvre chien ait pu échapper à la mort, il ne pourra, toutefois, plus faire usage de sa patte. Complètement paralysé. 
Importé il y a quelques années au Maroc, le pitbull est rapidement devenu un véritable phénomène de mode, le parfait faire-valoir pour une jeunesse en quête d’affirmation. Beaucoup de propriétaires se sont alors mis à reproduire des chiens à fort caractère, pour satisfaire la demande toujours croissante des quartiers en ébullition pour cet accessoire de mode ravageur. «Au début, le pitbull venait d’Europe et particulièrement de France. Avec la nouvelle loi en vigueur dans l’Hexagone, qui exige plus de contrôle pour le mouvement des animaux, il est quasiment impossible d’importer un pitbull comme on le faisait auparavant. Maintenant, l’animal doit être stérilisé et fiché à la mairie. Au Maroc, le nombre de pitbulls a beaucoup augmenté en raison, bien entendu, de la demande qui ne cesse de croître. Aujourd’hui, le pays est passé de pays importateur à celui de producteur de pitbulls», affirme Aziz, un jeune dresseur.
Agé de 22 ans, ce dernier  est un vrai passionné de pitbulls. Sur les murs de sa chambre, sont accrochées des images de pitbulls en grand format. Même son oreiller comporte une photo de l’animal. Il a même aménagé un garage pour y loger ses animaux de compagnie. Le garage a une superficie d’une dizaine de mètres carrés.
Au fond du local, se trouve une cage où sont enfermés deux pitbulls, un mâle et une femelle. L’espace est vide. Un pneu est accroché au mur pour pouvoir dresser ce chien assez spécial. En mordant dessus, le pitbull peut rester accroché jusqu’à quinze, voire vingt minutes.
«On raconte beaucoup d’histoires sur le pitbull. Certains disent que le Pitbull trahit souvent son maître. C’est archi-faux ! C’est un chien comme les autres, sauf qu’il a une mâchoire à forte pression», explique notre interlocuteur pour qui les pitbulls ne sont pas seulement une passion, mais aussi un business.
En effet, la femelle peut accoucher de huit à dix petits d’un seul coup. Le prix d’un pitbull coûte entre 1.000 et 3.000 Dhs. Le prix varie en fonction de l’âge. Plus l’animal est jeune, plus il coûte cher. Et si l’animal est bien dressé, son prix augmente systématiquement.
Pour la nourriture, le Pitbull mange tout ou presque: viande, poulet, riz… Mais une fois habitué à un régime, il sera difficile de le remplacer par un autre. On estime le coût de restauration d’un pitbull entre 10 et 20 dhs par jour. Cependant, il n’y a pas de seuil. Il y en a même qui dépensent une fortune rien que pour offrir à manger à leur «gentil chien-chien», surtout lorsqu’il s’agit d’un chien de combat.
«Un chien de combat doit être nourri et bien entraîné. L’entraînement lui permet de tenir le souffle lors des affrontements et ne pas succomber facilement», fait remarquer Aziz.
En plus de la préparation physique, le pitbull doit aussi apprendre l’agressivité. Comment ? Très simple. Pour cela, les experts en entraînement des chiens de combat préconisent l’isolement comme meilleur moyen pour rendre un chien agressif. L’animal privé de tout contact, déconnecté du monde extérieur, ne connaît que son maître. Il devient ainsi hostile aux étrangers et aux autres chiens.
«Pour former un bon chien de combat, il faut l’enfermer dans une cage. Il ne doit surtout pas entrer en contact avec les autres chiens. De cette façon, il pourra être très agressif lors des combats», indique le jeune dresseur.
Après le traitement psychologique, place à la préparation physique. Un chien de combat doit être en bonne santé, mais aussi bien entraîné. L’entraînement comprend deux phases :
La première partie consiste à développer le souffle de l’animal. Son maître doit le faire courir pour qu’il puisse avoir de l’endurance. La seconde partie consiste à développer sa morsure. Pour ce faire, les dresseurs utilisent des pneus qu’ils accrochent aux murs ou sur les arbres. Le pneu permet au pitbull d’exercer librement et sans restriction les capacités destructrices de sa mâchoire.
Les combats de chiens sont généralement organisés dans les périphéries des villes et dans les quartiers où l’on peut trouver de vastes terrains vides. Pour Casablanca, il s’agit, entre autres, de Bouskoura ou encore du quartier de L’Hermitage où les combats de chiens sont organisés loin des regards indiscrets et surtout des autorités.
La ville de Mohammédia a, elle aussi, attrapé la fièvre des combats de chiens. La plage des Sablettes est souvent envahie par les dresseurs qui viennent pour préparer leurs chiens aux combats.       
Les amateurs de combats ne dépassent pas en général la trentaine. Tous des jeunes qui partagent un point commun : un faible pour la violence canine !
Pour éviter les embrouilles avec la police, les organisateurs de combats de chiens opèrent la nuit. En une seule nuit, il peut y avoir plusieurs combats. Il arrive souvent que le combat ne dure pas plus de cinq minutes. Les parieurs, eux, sont toujours au rendez-vous. Une fois les paris faits, la confrontation peut commencer.
Dès que le match débute, les parieurs encouragent les chiens en hurlant des phrases du genre: «Tue-le ! Tue-le !», «Bouffe-le !»…
Le spectacle s’achève toujours par un bain de sang. Lorsqu’un chien paralyse son adversaire, les dresseurs interviennent pour les séparer. Une séparation qui est toujours brutale. Et les déchirures sont au rendez-vous. Certains chiens y perdent des membres, d’autres y perdent la vie. Un véritable spectacle d’horreur !
«Pour séparer les chiens, on les «déchire». Il ne faut pas procéder de la sorte. Dans certains pays, ils emploient une sorte de bâton pour ouvrir la mâchoire du pitbull et donc, ils arrivent à les séparer sans problèmes», affirme Aziz. Après tout, avec ou sans bâton pour séparer les chiens, un combat reste un combat et non un concours de chatouilles.
Le grand problème avec le pitbull de combat est son excès d’agressivité. Il peut à tout moment développer un geste hostile à l’encontre d’un autre chien. Il peut, par exemple, s’attaquer à un chien sans raison. Un chien qui s’attaque à un autre chien peut-il s’attaquer à un être humain ?
«Le pitbull n’est pas un monstre. Il n’est que l’image de son maître. Si son maître s’amuse à lui ordonner de s’attaquer aux humains, cet acte sera par la suite un réflexe chez lui,» conclut notre jeune passionné de pitbulls.
Récemment, un nouveau phénomène commence à prendre de l’ampleur. En effet, plusieurs malfaiteurs se servent des pitbulls pour agresser et voler les gens. Ces chiens, aux mâchoires hyper-sophistiquées, sont désormais des instruments de terreur. 

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