Portrait : Bousselham Daïf, l’art et la plume

Portrait : Bousselham Daïf, l’art et la plume

D’apparence, le bout d’homme ne ferait pas le poids. Avec une taille de 1,57, un corps maigre, il arbore une posture inoffensive. Il ne ferait pas de mal à une mouche ! Or, il est de ces rares artistes qui pèsent. Bousselham Daïf, qui soufflera le 22 octobre sa 35ème bougie, compte à son actif plusieurs titres de gloire. Le premier remonte à 1999, quand il a surpris tout le monde en remportant le Grand Prix du 1er Festival national du théâtre professionnel de Meknès pour sa pièce « Ras el-hanout » (Epice des épices). Grâce à Daïf, un natif de la capitale ismaëlienne, la distinction la plus convoitée et la plus précieuse est restée à domicile.
Né le 22 octobre 1970 à « L’Hamria », un quartier populaire de Meknès, Bousselham Daïf est un enfant privé. Fils de gardien d’un stade de hand-ball, il doit supporter un certain regard de ses collègues de classe.
A l’école, on sait que la famille Daïf tient un squat au milieu du stade de hand-ball. Que, dans ce squat, il n’y a pas de télévision ! Mais à toute chose malheur est bon, l’enfant comblera cette lacune par le recours à la lecture. A l’âge de 15 ans, il a déjà lu « Le Malentendu » d’Albert Camus, « Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzsche… Dans la lecture, Bousselham a trouvé un palliatif à l’absence de télévision mais aussi et surtout le moyen de faire travailler son imagination. « Je lis un livre, je l’imagine sur scène», explique Bousselham. La passion de la scène était donc déjà là. Seulement, elle avait besoin d’encadrement.
Bousselham trouvera un bon encadrant dans Mohamed Benhssain, l’une des figures de proue du théâtre amateur à Meknès. Bousselham était également un grand habitué des spectacles organisés à l’espace l’Hdim (théâtre de plein air). Il se souvient avec affection du passage à Meknès de la troupe de Taïeb Saddiki « Masrah Ennass » avec la pièce « Moulay Ismaïl », du Festival de théâtre organisé par la troupe « Rouad Al Khachaba » (Les pionniers de la scène)… « En 1986, cette troupe avait lancé un avis de formation au profit des amateurs de théâtre. J’en ai bénéficié… Et ce n’est pas fini… Je suis resté 4 ans avec cette troupe.
Pendant ce temps, on a monté «Alf loâba wa hikaya» (Mille jeux et une histoire), Attakchiba, Ophélie n’est pas morte, raconte Bousselham. En s’adonnant à la pratique de sa passion, Bousselham n’a pas oublié ses études. En 1991, il décroche son baccalauréat option Lettres modernes.
Comme tous les bacheliers, il se pose la question de rigueur : « Que faire, après le Bac ? ». Mais Bousselham n’avait pas l’embarras du choix. Il sera admis sur concours à l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (Isadac). Un choix qui n’était pas pour plaire à un entourage déshérité, Bousselham, après le décès de son père en 1989, avait plusieurs bouches à nourrir. Et ce n’était surtout pas avec le théâtre qu’il pouvait le faire. « Heureusement, mon frère cadet a pu décrocher un travail au moment où je me préparais à entrer à l’Isadac », se félicite-t-il. En 1992, le jeune Bousselham ne sera pas à bout de ses peines.
Ses débuts à l’Isadac seront difficiles, d’autant plus difficiles que l’étudiant était issu d’un milieu défavorisé. Les 1300 dirhams qui tenaient lieu de bourse (par trimestre) ne devaient pas suffire à payer les frais d’études, le loyer, et tout, et tout. Choqué par la dureté de la vie universitaire, il le sera également par des études qui vont bouleverser sa conception du théâtre. Après 16 ans d’expérience avec des troupes de théâtre amateur, il se rend compte qu’il y a tout à recommencer. «Avec l’Isadac, j’ai dû réapprendre le b.a – ba du théâtre et comprendre le sens de chaque concept théâtral », explique Bousselham. « Le si magique », «la concentration », « la relaxation », « la spontanéité dans le jeu»… A la 3ème année, Bousselham fera option « Interprétation » malgré lui.
Au fait, l’option qui lui tenait à cœur était « la mise en scène ». Simplement, cette option n’existait pas encore à l’Isadac. Ce n’était que partie remise. Après avoir obtenu son diplôme de fin d’études à l’Isadac, il est rentré à Meknès pour former avec d’autres lauréats la troupe «Chamates ».
C’était en 1997. C’était parti pour une longue période de créativité… Pour cette troupe, Bousselham traduit, adapte et met en scène « Les Bonnes », écrit et met en scène «Ras el-hanout » (Grand Prix du 1er Festival national du théâtre professionnel), adapte et met en scène « Semelles de vent » (Prix de la mise en scène au 2ème Festival de théâtre professionnel), écrit et met en scène « Mesk ellil », met en scène « Al kamanja » (Le violon) de Miloudi Chaghmoum, « Al Warda » d’après Pirandello, « Lil w’nhar » d’après un texte de Xavier Durringer… Et ce n’est pas tout… Bousselham Daïf s’apprête à sortir dans les prochains jours son premier recueil de nouvelles intitulé « Jardin parfumé »… Pour le 2ème recueil, ce sera « Lettres à Nicole Kidman »… Beau parcours.

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