Portrait : Essafi : “Le documentaire n’est pas prisé au Maroc“

Allure altière, son style renseigne sur son état d’esprit. Ali Essafi prend la vie telle qu’elle se présente à lui, sans chercher à la compliquer. En langage parlé on dira qu’il est zen.
Ce réalisateur, né en 1963, a vu tout d’un coup sa vie prendre une tournure assez particulière. En fait, Ali s’était rendu en France dans les années 1982 pour faire des études en psychologie. Ses professeurs l’avaient orienté vers cette spécialité, car ils avaient remarqué en lui une remarquable capacité d’écoute.
Ali les a donc entendus, et s’est consacré à ce domaine. Un domaine très complexe qui nécessite une étude approfondie du psychique. Mais en parallèle à ses études Ali voulait étendre ses connaissances. C’est ainsi qu’il intègre un atelier de cinéma et devient l‘assistant de plusieurs réalisateurs. Mais Ali n’a jamais fait de la fiction, il s’est engagé à s’approfondir dans un style qu’il avait découvert grâce à ses ateliers.
Découverte, tel est le mot qui a produit une sorte de déclic dans la vie de ce réalisateur en herbe. Il a en quelque sorte délaissé son rôle de psychologue pour mieux se consacrer au cinéma, et plus particulièrement au documentaire. Mais en fait Ali ne s’est pas vraiment éloigné de son rôle de psychologue, puisque son travail de réalisateur nécessite une technique d’approche assez spéciale. Il faut maîtriser l’art de parler aux gens et de les convaincre et surtout de les écouter. « Le documentaire permet de fouiller et d’étudier le personnage dans sa plus grande profondeur », explique le réalisateur.
 Au gré des expériences, Ali Essafi s’est approfondi dans la technique du documentaire qui selon lui est une véritable école. «Le style documentaire est un genre cinématographique qui fonde le cinéma national» ajoute-t-il. Lorsqu’il évoque le style documentaire, Ali n’hésite pas de donner l’exemple du cinéma iranien qui est connu par plusieurs documentaires.
Une façon, pour le réalisateur de souligner que le Maroc aurait pu prendre cet exemple. Après avoir passé 20 ans en France, Ali Essafi a décidé de retourner au Maroc pour ses parents, et aussi pour faire carrière. Cependant, Ali est désolé de constater que le documentaire n’est pas un style très prisé par les réalisateurs et les cinéastes au Maroc. Il déclare dans ce sens que « le documentaire est un objet non identifié au Maroc ». Ceci tout en sachant que tout les pays en voie de développement ont commencé d’abord à faire du documentaire aant de se lancer dans la fiction.
Le documentaire représente pour Ali Essafi, le réceptacle de la mémoire. C’est pour cette raison qu’il faudrait le valoriser. C’est un style d’utilité publique puisqu’il met en scène la réalité d’un peuple, d’une société. « le documentaire c’est le réel », déclare Ali. Mais de ce réel naît une fiction. Ali Essafi est clair. Le travail d’un cinéaste qui fait un documentaire n’a rien à voir avec celui du reporter et du journaliste. « réalité, ne veut pas dire vérité », explique ce réalisateur. En effet, les faits qui sont filmés, ne sont pas pris au dépourvu. Il y a tout un travail qui est fait en amont. Comme la fiction, le documentaire nécessite entre-autre une écriture du scénario et un repérage. Tout cela pour filmer le réel. Mais qu’est-ce que le réel selon Ali Essafi. «Le réel, ça peut être filmer un bout de dialogue entre ma mère et ma voisine ».
Ali prend au sérieux son travail, il y met du cœur. Ceci étant, il déclare que le cinéma c’est pas sa vie. Cela peut être son dada, mais pas toute sa vie. « La vie est plus importante que le cinéma » Mais cette conception qu’il se fait du cinéma ne l’a pas empêché de produire des documentaires intéressants et qui ont été représentés dans plusieurs festivals, dont celui de Namur en 2001. Son film Ouarzazate movie réalisé en 2001 figure dans la programmation du festival de la 6ème Biennale des cinémas arabes à Paris en 2002. Avant Ouarzazate movie, Ali Essafi a réalisé en 1997 un film sur les anciens combattants et intitulé : « Général, nous voilà » et en 1998, «Le silence de betteraves ». Le dernier en date est celui du «Le blues des chikhates». Mais le documentaire qui est considéré comme le plus important pour Ali Essafi  est celui d’« Al Jazira, des voix arabes». Ali Essafi s’et immiscé dans les coulisses de la télévision quatarie « Al Jazira».
Ce film a eu beaucoup de succès et 2M l’a même acheté. Cependant, le documentaire n’a pas encore été diffusé. Ali Essafi se demande si c’est une question de programmation. En tout cas, le réalisateur continuera à faire du documentaire, le reflet d’une société, d’un quotidien, d’une vie. C’est selon lui le seul moyen de faire du grand cinéma.

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