Portrait : La fibre arabo-andalouse de Metioui

Omar Metioui est né en 1962 à Tanger. En 1974, il s’inscrit au Conservatoire de musique pour y apprendre le solfège et y étudier la musique arabo-andalouse .
Très rapidement, en 1976, il rejoint l’Orchestre principal de musique andalouse de Tanger  «  El Arbi s-Siyyar  » en tant que luthiste et chanteur. Quelques années plus tard, il obtient le diplôme de pharmacien en Belgique, une profession qu’il exerce toujours !  
De 1987 à 1994, il est premier luthiste de l’orchestre du Conservatoire de Tanger dirigé par maître Ahmed Zaitouni et de 1991 à 1994, celui de l’orchestre du ministère des Affaires culturelles .
En 1994, il fonde « Ibn Baya », un groupe hispano-marocain de musique andalouse et en 1997, il crée deux troupes dites : l’Ensemble Al-Shustari, consacré à la musique soufie et  l’ensemble
Al-Ala Al-Andalusiya spécialisé dans la musique andalou-maghrébine.
La formation Ibn-Baya  est donc constituée à la fois de musiciens marocains et espagnols.
 Ibn Baya est l’autre nom donné au célèbre musicien, médecin et philosophe Avenpace (Zaragoza 1070-Fez 1130).
Omar Metioui, à travers ce groupe, a une réelle volonté de réunir les deux héritages de Al-Andalus qui ont été ignorés pendant des siècles. Il souhaite donner une nouvelle dimension et une nouvelle forme d’interprétation à la musique arabo-andalouse . En voici la définition qu’il lui donne:
« La musique arabo-andalouse est le résultat d’un métissage entre la  musique arabe venue de l’Orient, la musique afro-berbère du Maghreb et la musique pratiquée dans la péninsule Ibérique avant l’année 711, date à laquelle Tariq Ibn Ziyad traverse le détroit pour conquérir l’Andalousie. En effet, cette région, terre de brassage entre plusieurs civilisations, donne lieu à une éclosion sans précédent d’un art musical qui connaît un développement fulgurant pendant plus de huit siècles aussi bien en Andalousie qu’au Maghreb. »
Seule une collaboration avec des spécialistes de la musique médiévale espagnole peut l’aider à s’engager dans une telle aventure. En effet, ce partenariat a pour projet ambitieux de faire revivre les oeuvres ( textes et musique ) et les instruments de cette période de l’histoire marquée par la richesse culturelle. 
D’ailleurs, notre Tangérois ne se contente pas de jouer de la musique andalouse . Il est, de surcroît,   musicologue.
En 1995, le Centre de documentation musical de l’Andalousie de Grenade le sollicite pour la transcription et la translittération des «noubas» andalouses. La tradition musicale arabo-andalouse repose sur une forme stricte qui est la «nouba».
Celle-ci est une suite de pièces vocales et instrumentales d’un même mode qui se jouait à une heure précise de la journée.
Son autre préoccupation est la sauvegarde du patrimoine musical des grands maîtres marocains, tels que Moulay Ahmed Loukili, Abdelkkrim Raïs et Mohamed Ben Larbi Temsamani à qui il a dédié une biographie et quelques textes à travers quelques CD :  L’ensemble Al-Shustari doit son appellation au grand poète mystique andalou Abu-Hassan
Al Shustari  ( 1212-1269). Ce dernier est né à Shustar , près de Guadix .
Il s’installe par la suite au Maroc, à Rabat et à Meknès.  Sa soif de spiritualité et de soufisme le mène jusqu’en Perse et au Moyen-Orient.
Aujourd’hui, Omar Metioui, par la création de cet orchestre, se fixe pour mission de présenter et de diffuser, et ceci dans le monde entier, un répertoire mystique soufi traditionnel dans toute sa splendeur et sa profondeur.
En participant à des conférences, des festivals et des concerts internationaux, notre virtuose permet à cette musique d’être accessible au plus grand nombre et ainsi de gagner chaque jour un peu plus d’adeptes en quête de sérénité et de plénitude. 
Ce travail apparait aussi sur de nombreux enregistrements, d’où une discographie importante et variée, à découvrir, surtout en ce mois sacré de Ramadan !

• Iman Chair Haidar

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