Portrait : Mehdi Qotbi : «Pour que l’art ne reste plus enfermé»

Si, jusque-là, on a pu apprécier la signature de Mehdi Qotbi sur les tableaux avec lesquels il a séduit le monde artistique, dorénavant, il sera aussi possible de l’apprécier en la portant sur soi, en bijou, en accessoire, en bagagerie, en produit cosmétique, ou même en vêtement. Il faut dire que si cet artiste est aujourd’hui le Mehdi Qotbi qu’on connaît, c’est bien parce qu’il a bataillé, lui le garçonnet de Hay Taqaddoum à Rabat.
«J’estime que j’ai une chance exceptionnelle. Je suis un enfant du quartier Taqaddoum, je viens d’une famille pauvre. Des fois, je n’avais pas de quoi manger», déclare M. Qotbi.
L’artiste se souvient de son entrée au lycée militaire de Kénitra. Suite à une rencontre, avec le destin ou avec Mahjoubi Aherdane, ministre de la Défense à l’époque, il récolte la chance de pouvoir accéder à cette grande école. «Mon père était tout fier en m’emmenant dans le train vers le lycée militaire. Il était question de se hisser dans la hiérarchie sociale en ayant un fils engagé dans l’armée», ajoute l’artiste.
L’insertion, pour l’enfant qu’était Qotbi, n’était pas des plus faciles. Il était le souffre-douleur de ses camarades, jusqu’au jour où il retourne la situation à son avantage en montrant à ses camarades un dessin qui les a impressionnés et le catapulta dans le rôle de la star au lieu de celui du martyre. À ce titre, l’artiste se souvient : «Je ne me rendais pas compte, en dessinant, qu’une vraie œuvre d’art naissait sous mes mains. Je me souviens que j’avais dessiné un tigre prêt à bondir sur un arrière-plan d’un paysage reprenant la savane». Et d’ajouter : «J’étais enfin devenu quelqu’un, on s’intéressait à ce que je faisais».
Quelques années plus tard, en 1968, c’est le Mehdi Qotbi affirmé et sollicité qui est diplômé de l’Ecole des beaux-arts de Toulouse, avec l’étiquette du «plus jeune diplômé dans l’histoire de cette école».
C’est à partir de là qu’il a conquis le monde par ses toiles. Ses œuvres ont fait de lui l’artiste marocain qui flirte avec les atmosphères les plus huppées de France.
En 1991, cet artiste se dresse contre le tollé provoqué par le livre de Gilles Perrault et fonde le Cercle d’amitié franco-marocaine, pour se tourner vers un autre type de communication. Il enchaîne, alors, les colloques, les rencontres, les campagnes de presse et les voyages. Décoré, remercié et encouragé par les deux Rois, feu Hassan II et S.M. Mohammed VI, Mehdi Qotbi devient le messager de l’amitié et de l’espoir, dont il a fait sa devise. Il a touché, tâté plusieurs domaines, et pour ne pas dire qu’il a plus d’une flèche à son arc, nous dirons qu’il a plus d’une plume à son arc.
Aujourd’hui, s’il se lance dans la joaillerie, Mehdi Qotbi explique que «Le cheminement trouve son origine, il y a une dizaine d’années. J’avais associé mon nom à deux grands joailliers de Paris. Pour Chaumet, j’avais réalisé le cadran d’une montre et pour Boucheron, il s’agissait de cadran de montre, de boutons de manchette et de pince à cravate». À ce sujet, M. Qotbi affirme que l’art ne doit pas seulement être exposé, il doit être porté et senti. Il souligne : «C’est quelque part, l’envie de le mettre en dehors des ateliers. Il est trop vivant pour qu’on l’enferme et qu’on le cloître». Mehdi Qotbi agrémente le quotidien marocain de son art. En plus de la série de timbres postaux réalisée par Poste Maroc, il est heureux d’avoir présenté une toile de 16m/2,5 m à l’aéroport Mohammed V de Casablanca et déclare qu’il se prépare à orner la nouvelle gare de la ville ocre d’une de ses œuvres.

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