Portrait : Mohamed Bastaoui, le juste accent du terroir

Portrait : Mohamed Bastaoui, le juste accent du terroir

L’image du « paysan » a trop souvent été défigurée à la télé, à la radio ou encore au théâtre. A chaque fois, «l’aâroubi» est dégradé au rang de plouc, d’inculte, voire d’ignare. Le langage qu’on lui fait tenir frôle le cocasse, le trivial, quand ce n’est carrément pas le vulgaire. Une image-type qui a porté un grand préjudice aux habitants de la campagne, moqués et même nargués sous les projecteurs trop complaisants de médias « odieux-visuels » nationaux.
Il aura fallu être utopiste pour espérer voir disparaître cette image décadente. Or, en bon samaritain, Mohamed Bastaoui se préparait à se porter au secours. Fils de paysans, issu de la tribu « Loulad » dont le douar est situé à 20 kilomètres de Khouribga, a réussi à réhabiliter le personnage du « aâroubi » aussi bien au théâtre, à la télé qu’au cinéma.
Ce grand comédien se dit alarmé de constater que l’on ne joue le « paysan » que pour en rire et faire rire. Sa tâche, reconnaît-il, était d’autant plus rude qu’il était question de réparer un long chapitre d’injustices faites au monde rural. Parlant un accent paysan juste, il a le mérite d’avoir réhabilité la dignité de ce paysan en le présentant sous un nouveau jour : un citoyen très attaché à ses racines, en prise sur la vie et qui lutte avec courage pour surmonter des conditions de vie souvent très difficiles. En témoigne une large palette de films, téléfilms et autres spectacles où les stéréotypes « blédard-ringard » et « m’dini-civilisé » volent en éclats. On en veut pour preuve la série « Jnan El Karma » qui a affolé l’audimètre de la 1ère chaîne de télévision, sachant bien que cette série, qui a nettement tranché avec le bêtisier servi pendant le mois du carême, a trouvé grâce aux yeux de millions de téléspectateurs marocains. On en veut également pour preuve « Dwayr zman, « Aoulad Ennass »… Même percée sur les planches… Pour s’en rendre compte, il suffit simplement de voir ou revoir « Khobz o h’jar » (Pain et pierres), « Aoulad Lblad » (Les Enfants du bled), « Bouhafna », « Fantasia » et autres pièces dont il a partagé la vedette avec son compagnon de route dans la troupe « Masrah Chams » (Théâtre du Soleil), Mohamed Khouyi.
Il suffit également de se rappeler son expérience avec le Théâtre d’aujourd’hui, notamment dans quelques pièces restées gravées dans les annales de la pratique théâtrale nationale : «Boughaba», « N’rakbo l’hbal », « Souirti mol ana »… Mohamed Bastaoui nous dit s’être toujours gardé contre la redondance. « J’ai toujours tenu à ne pas faire en sorte que mes personnages ne se ressemblent pas, chaque nouveau personnage doit être différent du précédent », explique-t-il. Hors de ce registre, M. Bastaoui a prouvé qu’il est capable de camper d’autres types de personnages.
On pense particulièrement à son rôle dans Baye Baye Souirti » (Adieu forain de Daoud Aoulad Essyad), « Tayef Nizar », un film de Kamal Kamal où il a tenu un arabe soutenu et parfait. Au-delà de l’interprétation, M. Bastaoui a longtemps servi en tant qu’assistant-réalisateur. D’ailleurs, il vient d’achever, avec Chafik Shimi, la réalisation d’un téléfilm intitulé « Le mal de la terre » où il a en plus campé le personnage de « Bouchaïb ». Sollicité par le réalisateur Ahd Ben Souda, il a également tourné dans « L’Ombre du loup », téléfilm réalisé pour le compte de 2M. Cette réussite, M. Bastaoui la doit à un don précoce mais aussi et surtout à un travail patient. S’agissant de don, Bastaoui s’est fait remarquer dès sa tendre enfance par son amour de l’interprétation. « J’aimais tant imiter les personnages, les caricaturer aussi », se souvient-il avec affection.
Une passion qui lui a valu d’être sollicité pour les fêtes de fin d’année à l’école Omar Ben Abdelaziz, au lycée Ibn Yassine ou plus encore Imam Malek à Khouribga. Simplement, M. Bastaoui s’est contenté d’un niveau « Bac ». « Je n’étais pas régulier dans mes études », reconnaît-il. N’empêche, après une période à la Marine, il mettra en 1981 le cap sur l’Italie pour entamer une formation à son art de prédilection : le théâtre. En 1985, retour au Maroc. Un beau destin était au rendez-vous. M. Bastaoui est aujourd’hui l’un des meilleurs acteurs du Maroc.

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