Portrait : « Sawt Ennas », nouveau quotidien arabophone

Portrait : « Sawt Ennas », nouveau quotidien arabophone

ALM : Quel sera l’apport de « Sawt Ennass » à la presse écrite nationale ?
Salah Sbyea : Ce quotidien est d’abord né d’une réflexion sur le paysage éditorial marocain et en particulier sur la presse arabophone. Cette réflexion a été menée par un groupe d’amis liés par une communauté d’idées, de valeurs et surtout par un souci professionnel. Au bout de cette réflexion, nous avons constaté qu’il y avait un besoin réel de renouveau. Partant d’un paradoxe, nous avons remarqué que plus les titres existant multipliaient leurs surenchères en matière de sujets plutôt provocateurs et racoleurs, moins les lecteurs s’intéressaient à cela.
L’apogée de ce constat a été la baisse du nombre de lecteurs qui a chuté ces deux dernières années de 400.000 à moins de 200.000 lecteurs. Ces gens n’ont pas décidé brusquement de ne plus lire la presse, mais ils ont plutôt eu tendance à être sevrés par le type de sujets qui leur était proposé. Et cela mène à une conclusion et une seule : la nécessité d’une révision du mode de fonctionnement de la manière dont on traite des sujets.

« Sawt- Ennass » prétend être le porte-voix des citoyens. Ne serait-ce pas là seulement une tentative de séduction du lectorat ?
Le choix du titre « Sawt Ennass » est d’abord le choix de l’humilité. Nous avons voulu éviter la vantardise et l’effet d’annonce ; d’autre part, toute entreprise humaine, quelle que soit la noblesse de ses objectifs, débute toujours modestement. Il est plus important pour nous de défendre la modernité et la démocratie, lutter contre l’obscurantisme et l’intégrisme sans forcément se donner des étiquettes d’entrée de jeu. D’où l’appellation « Sawt Ennass ». Nous avons voulu accentuer le trait sur le fait que tout ce qui est publié au nom de la proximité ne correspond pas forcément au rôle du métier de journaliste, à savoir rendre compte au lecteur de la réalité, l’informer selon les critères professionnels de ce qui se déroule dans sa cité, les régions de leur pays et le monde autour d’eux.
Maintenant, il y a effectivement le risque de tomber dans le populisme. Nous en avons discuté. Et, à ce titre, je vous dirais que le choix de la proximité et de tout dire au lecteur n’obéira pas à cette démarche tant répandue au Maroc de montrer aux gens ce qu’ils veulent entendre, lire ou voir. Si par rapport à une information donnée, ou à une polémique donnée, il faut prendre une position qui n’est pas la majorité de « suffrage », nous le ferons même si cela doit fâcher dans un premier temps nos lecteurs. Nous estimons que ces derniers finissent par tisser un rapport de confiance avec les gens qui leur disent la vérité. L’autre aspect important pour nous, c’est de ne pas traiter les lecteurs comme des gens crédules, à qui on peut vendre la rumeur à la place du scoop, des histoires fabriquées à la place de l’investigation journalistique, de la dissertation de mauvaise facture à la place du reportage qui respecte les normes professionnelles.

Quelle ligne éditoriale allez-vous suivre ?
Notre ligne éditoriale est celle de l’humanisme, du progrès, de la démocratie et de l’anti-intégrisme. Ce sont là nos principes de base. Mais nous allons avoir la même distance vis-à-vis de tous les partis politiques de toutes les sensibilités et mouvances du paysage partisan marocain.  Nous n’avons de comptes à régler avec personne, mais nous ne serons complaisants avec personne. Nous écrirons sur la politique pour informer d’abord les gens mais aussi pour contribuer en toute modestie à la constitution de l’opinion publique. Et dans le domaine de la politique, nous ne serons pas sélectifs.

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