Portrait : «Trois ans au service du cinéma marocain»

Portrait : «Trois ans au service du cinéma marocain»

Je remercie, pour commencer, les responsables du CCM, du Ministère de tutelle et les professionnels du secteur qui m’ont sollicité pour cette responsabilité et m’ont fait confiance tout au long de la durée de mon mandat. Grâce à eux, j’ai pu m’acquitter sereinement de ma tâche avec l’esprit d’indépendance que j’ai défendu dans tous mes engagements. Je tiens à ce que l’opinion sache que jamais ces instances n’ont interféré dans les débats de la commission, a fortiori dans ses choix et ses décisions. Lorsqu’on connaît les mœurs qui prévalent dans bien des domaines de notre vie publique, la preuve est ainsi faite qu’une autre mentalité et une autre pratique sont possibles.
L’expérience que j’ai connue a donc pour moi valeur d’exemplarité. Je remercie ensuite les membres de la commission avec lesquels j’ai vécu ce qu’il faut bien appeler une belle aventure. Voilà, contrairement à l’idée reçue, des femmes et des hommes dont le souci constant a été de servir avec abnégation et amour la cause pour laquelle ils ont été appelés et qui ont honoré de bout en bout les bonnes règles du débat et de la décision démocratiques.
Au-delà des qualités humaines, fort appréciables au sein d’un collectif, j’ai découvert chez eux une vraie connaissance du terrain, de réelles compétences et une agréable ouverture de l’esprit. Nous avons vécu ensemble de multiples joies, et parfois des peines quand certaines de nos décisions ont provoqué des réactions épidermiques, que nous avons préféré, sûrs de notre bon droit, ne pas commenter.
Maintenant, je crois pouvoir dire au nom de tous que nous avons le sentiment du devoir bien accompli et la conviction que notre travail aura servi à instaurer une éthique de la responsabilité qui, gageons-le, ne sera pas sans lendemain. Faut-il indiquer, par ailleurs, que nous avons eu la bonne fortune d’accompagner le cinéma marocain à un tournant de son évolution marqué par un bond assez spectaculaire des productions, un renouvellement esthétique et une plus grande diversité des genres, autant de facteurs qui commencent à assurer son audience à l’intérieur du pays et sa visibilité à l’étranger ? En captant cette nouvelle donne, nous avons eu à cœur d’en consolider les bases et d’en élargir les voies de recherche.
Nous avons ainsi entouré d’une attention particulière les projets qui sortaient des sentiers battus, surtout quand ils émanaient de jeunes et de femmes cinéastes. Nous avons œuvré sans préjugés idéologiques ou esthétiques pour un panorama de création où tous les genres, les thèmes et les formes d’écriture puissent être représentés. Tout en respectant les opinions et la liberté des créateurs, nous avons exercé notre vigilance face au moindre discours susceptible d’induire l’intolérance, l’obscurantisme et le sexisme.
Certes, le résultat ne peut pas être jugé concrètement aujourd’hui. Si l’on sait qu’en trois ans plus de vingt longs-métrages ont bénéficié de l’aide et que, pour le moment, seule une poignée de ces films sont passés sur nos écrans, il faudra attendre encore quelques années pour voir les autres réalisés et se faire enfin une idée objective de la mission accomplie. Mais j’ai bon espoir personnellement. Entre-temps, j’ai juste envie de dire combien cette expérience m’a enrichi et a renforcé en moi l’optimisme de la volonté que je ne cesse de défendre dans notre pays à l’encontre des propagateurs de fatalité et des marchands de désespoir. J’aimerais que nos concitoyens méditent ce que nombre de nos cinéastes talentueux nous apportent par ces temps de discours stériles, de désarroi et de périls. Grâce à eux, c’est un autre Maroc qui nous est donné à voir et à entendre.
Un Maroc qui s’attaque résolument à ses plaies, use des libertés reconquises, brise les tabous, dénonce les injustices, réinstaure les femmes dans leur dignité, assume son pluralisme culturel, intègre la modernité à son projet d’avenir et adresse au monde, sans complexe, son propre message humaniste. Le fait de m’être mis, au cours des dernières années, au service d’un art qui contribue à ces avancées a été pour moi un devoir naturel, un plaisir intellectuel et un honneur.

• Par Abdellatif Laâbi

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