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Pour que le Gharnati perdure contre vents et marées

Pour que le Gharnati perdure contre vents et marées

L’Oriental vient de vivre au rythme du 20ème Festival de la musique gharnatie. Une opportunité pour les mélomanes de Nador, Figuig, Aïn Bani Mathar , Jerada et Oujda de palper le degré de maîtrise réalisé par les jeunes musiciens des associations oujdies imprégnées de valeurs artistiques classiques.
Perpétuer une tradition musicale ancestrale à un moment où les mouvances musicales à effets techno -électroniques envahissent la scène internationale ; est un engagement que seuls les passionnés peuvent honorer. La musique étant une expression imagée qui fusionne silences et rythmes et marque de son empreinte les temps et les mutations sociales. En tant qu’art transmis, elle a pour vocation de faire revivre les passés créatifs et inventifs des musiciens qui ont marqué leur temps.
La musique gharnatie fait partie de ces genres musicaux qui ont duré dans le temps et puise son incantation de sensibilités raffinées et de perceptions transcendantes depuis que le virtuose Zeriabe a fait de Cordoue du IXème siècle un réceptacle de génie et une école qui allait faire tache d’huile par la suite. C’était le début d’une aventure pour le jeune Zeriab  qui allait devenir par la suite le maître incontestable de cet art mais aussi un exemple à méditer pour tout jeune en quête de reconnaissance musicale.
D’ailleurs le terme Nouba veut tout simplement dire : c’est à moi de passer et de chanter. Le musicien devait attendre son tour de passage «sa nouba» avant que le responsable des soirées musicales du Khalif l’autorise à exécuter sa composition. De nos jours il faut voir la discipline imposée aux différentes associations de jeunes qui étudient la musique gharnatie pour comprendre que sans le respect de certaines règles on ne peut aller loin. C’est cette qualité de savoir attendre pour mieux s’exprimer qui est transmise de génération en génération par les maîtres musiciens d’Oujda à leurs élèves.
Artistiquement parlant, la «nouba» de la musique gharnatie est composée d’airs imbriqués et de rythmiques exécutées en crescendo. Allant d’une temporisation ressentie à une légèreté appréciée tout en passant par l’Ouasl, le prélude, le passage instrumental mesuré, la rythmique binaire ou tertiaire. En sommes des exécutions vocales et instrumentales qui se rapportent aux joies de la vie, aux aléas des temps, à l’amour et à la beauté naturelle. Des thématiques qui trouvent leurs sonorités adjacentes grâce aux recours aux différents instruments classiques tels le luth, la flute, le Rebbab, le Tar, les derboukas et violons.
Ces mélomanes et conservateurs de tout ce qui est beau dans la musique des aïeuls se donnent rendez-vous chaque année à Oujda pour consolider leurs penchants en romances inspirées d’un temps révolu mais qui trouvent leurs échos dans une envie de sauvegarder tout ce qui est beau et raffiné. Ambiance festive pour les spectateurs mais opportunités pour les différentes associations de mesurer le degré de maîtrise de leur art. Lors de chaque festival de musique gharnatie des talents en herbe sont encouragés alors que les anciens ténors sont félicités et respectés pour l’effort de préservation qu’ils ont accompli.
A cet effet, rappelons qu’au niveau de l’Oriental une dizaine d’associations constituées d’artistes chevronnés et de jeunes essaient tant bien que mal de perpétuer une tradition musicale qui a besoin d’un intérêt particulier à plus d’un niveau. L’art gharnati est la résultante d’un effort commun de plusieurs référentiels culturels. L’amazigh, le judaïque et l’arabe s’y sont retrouvés dans une symbiose, donnant ainsi au génie créatif des hommes le droit à la vie communautaire et au partage des affinités artistiques. En somme, le Gharnati ne peut être qu’un berceau artistique et socle de vie commune de plusieurs ethnies culturelles permettant aux hommes de cohabiter sur le plan créatif et émotionnel.
Dans ce type d’ambition pour protéger le patrimoine culturel, l’effort individuel ne peut aboutir. Certes, l’apport isolé de tout un chacun est d’une importance majeure, mais une seule main ne peut éterniser les résonances convoitées. «On ne peut accompagner les jeunes qui nous font tant de plaisir en exécutant un riche patrimoine musicale sans qu’il y’ait en parallèle un travail académique qui balise les contours des appétences et précise les objectifs à atteindre», explique Mohamed El Kaddoussi, directeur régional du ministère de la Culture. C’est d’ailleurs cette dimension académique de sauvegarde d’un art menacé qui a poussé plusieurs universitaires et chercheurs en musique à éditer des livres ou à réaliser des thèses de doctorat. C’est le cas d’Ahmed Thanthaoui, professeur de l’association Al Moussilia qui vient d’obtenir une mention très bien pour sa thèse de troisième cycle consacrée justement au patrimoine gharnati. «Ce qui m’a permis de maitriser la thématique de ma thèse c’est surtout le travail que je réalise à la maison des jeunes Ibnou Sina avec les élèves de notre association. Au fait, le travail d’initiation et de conservation du patrimoine se perpétue, à travers deux axes : l’enseignement de la musique en ateliers pour jeunes afin qu’ils s’initient aux rudiments de base de l’interprétation vocale et du maniement de l’instrument musical». Le second volet est consacré à l’organisation de spectacles ou à la participation aux différents festivals afin de démontrer que la musique gharnatie constitue une spécificité artistique qui mérite d’être transmise de génération en génération. Cette activité est assurée par des musiciens qui sont arrivés à un stade de maîtrise avancée.
«La maîtrise du jeu est primordiale lorsqu’on a affaire à un patrimoine qui n’est pas très répandu et qui est menacé par les autres mouvances artistiques. C’est grâce aux différents interprètes que la musique gharnatie est connue et appréciée. Ce côté ne peut omettre l’importance de la recherche. C’est ce qui est transcrit qui résiste aux aléas du temps. Un tel travail doit être assuré par des spécialistes qui sont en même temps des pédagogues. L’art n’est pas seulement une affaire d’étude mais surtout d’exécution instrumentale et vocale», précise le chercheur et musicien Faouzi Mehdi, président de l’Association Essalam des anciens musiciens du tarab gharnati, et co-auteur d’un livre sur la musique gharnatie.
De fait tout effort de protection du patrimoine doit opérer selon deux axes : mémoriser les chansons et laisser des traces écrites pour les étudiants et futurs musiciens. Il faut aussi réaliser des partitions en bonne et due forme pour atténuer les digressions possibles de tout travail improvisé qui s’appuie essentiellement sur la maîtrise de l’outil.

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