Pour valoriser les médinas du Maroc

Pour valoriser les médinas du Maroc

La médina, celle qui constituait le coeur et la périphérie des anciennes villes au Maroc, fera l’objet d’un colloque international à l’université Al Akhawayn d’Ifrane. Avant le 20ème siècle, la médina intra-muros délimitait les frontières de la ville. Elle constituait un espace organisé, homogène, établissant un équilibre entre la densité de la population d’une cité et les activités qui s’y développent. L’implantation des colons a déstabilisé cette structure au 20ème siècle. L’exode rural a provoqué une utilisation forcenée des capacités de la médina. Elle s’est ruralisée, paupérisée. Des constructions modernes ont été opposées aux maisons anciennes dont le délabrement lent est devenu une caractéristique. La médina a pourtant résisté à l’expansion de la ville moderne. Bien plus, elle suscite, aujourd’hui, un intérêt croissant de la part de nombreuses personnes. Et pour preuve, le phénomène des “maisons d’hôtes” ou “maisons secondaires” qui remettent à la mode les médinas. Le colloque d’Ifrane ne s’intéressera, cependant, que très partiellement à l’ancienne médina, c’est sur l’avenir que les intervenants sont conviés à débattre. L’architecte Fouad Akalay, directeur du groupe Archimédia qui organise la manifestation, définit en ces termes la problématique du colloque : «Il ne faudrait pas muséfier la médina, il ne s’agit d’en faire un espace pour une mémoire momifiée. C’est un lieu vivant, appelé à répondre à de nouvelles exigences pour entrer de plain-pied dans la modernité». Ces exigences se rapportent, par exemple, à la voirie, aux problèmes d’évacuation des eaux usagées, aux parcs pour les voitures. En somme, tout ce qui n’a pas été réfléchi dans l’ancienne médina, et qui est indispensable aujourd’hui dans tout acte d’urbanisme. Des intervenants de qualité se partageront leurs expériences pour avancer la réflexion sur les médinas. Des expériences positives d’abord, comme celle qui sera rapportée par l’Espagnol Bernardino Leon dans une communication intitulée : «La médina : espace pour le dialogue». Il y évoquera l’exemple réussi de la médina de Séville qui été à la fois préservée sans être dénaturée et adaptée aux exigences de la vie moderne. L’architecte urbaniste belge Marc Gosse fera, pour sa part, un exposé téméraire. Il y présentera la médina comme un modèle urbain pour des villes nouvelles. La culture comme moteur de promotion et de valorisation des médinas fera également l’objet de communications lors du colloque d’Ifrane. Faouzi Skali, directeur du Festival des musiques sacrées, s’attardera sur le rôle de cette manifestation dans la valorisation de la médina de Fès. Eric Ross, professeur américain à l’université Al Akhawayn, citera le cas de la médina d’Essaouira, littéralement sauvée grâce aux manifestations culturelles dans la ville. Le peintre Mohamed Melehi évoquera, quant à lui, l’expérience du Moussem culturel d’Assilah qui a contribué à la préservation de la médina de cette ville. Ces expériences positives ne feront pas oublier la situation préoccupante des médinas. Et pour cela, il n’y a pas mieux que le ton catastrophiste de Mohamed El Faïz, auteur d’un livre intitulé «Marrakech, patrimoine en péril». Le langage de ce professeur se caractérise par une outrance décapante. Dans son livre, il recommande d’intervenir «pour museler la bête hideuse de la spéculation». Il y parle du «naufrage d’un paysage et de sa déconfiture». Gageons que la vigueur de son intervention laissera bien des étincelles à Ifrane.

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