Premier film sur l’Irak de l’après-Saddam

« Pas bon à projeter », est le titre de ce film de fiction, le premier du cinéma irakien depuis 1994. Le cinéma de fiction est resté pratiquement au point mort depuis le blocus imposé à l’Irak par l’Onu en 1990 après son invasion du Koweït. « Le film sera enregistré sur une pellicule que la société américaine Kodak a cessé de produire il y a 20 ans », raconte Oudaï Rachid, 30 ans à l’AFP. Mais Kodak a promis de la développer gratuitement avec un procédé spécialement adapté, confie-t-il. « Cette pellicule n’est pas bonne à projeter tout comme la vie de notre génération perdue entre le Baas (le parti du président irakien déchu Saddam Hussein) et l’occupation américaine, d’où le choix du titre », explique-t-il. « Nous sommes passés d’une domination à une autre, la liberté nous a été octroyée, nous ne l’avons pas conquise, d’où la grande déprime des Irakiens, un peuple fier et digne », dit-il. M. Rachid est membre fondateur d’un groupe de 35 Irakiens qui s’est baptisé les « Rescapés ». Le groupe, qui compte deux femmes, est formé de spécialistes de multiples disciplines artistiques de différentes ethnies et confessions et ses membres participent au tournage du film et au scénario. Oudaï Rachid a acheté la pellicule au « marché des voleurs », qui a fait son apparition après que les bâtiments publics notamment eurent été pillés, à l’entrée des troupes américaines dans la capitale. Les « Rescapés » vont tourner dans les quartiers de Bagdad où sont installés les soldats américains pour la partie documentaire du film, « axé sur les problèmes de la génération des trentenaires, les trois premiers jours de la chute du régime », explique-t-il. Le tournage commencera la semaine prochaine, après le succès du développement d’un bout de pellicule dans les laboratoires de Kodak à Beyrouth. Il devrait être bouclé en quatre mois. « C’est du cinéma réaliste et le film, même s’il n’est pas formidable, sera sûrement sincère. Il aurait été facile de filmer un enfant parmi les ruines et de susciter une compassion gratuite », explique Oudaï Rachid. En dépit du blocus imposé depuis 1990, le cinéaste a pu réaliser deux documentaires autofinancés : l’un sur les enfants irakiens, l’autre sur Bagdad vu par ses artistes.

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