Prix du Maroc 1971, le livre de Mohamed El Alami de nouveau dans les librairies : Le protocole réédité

Essayiste,  romancier, Mohamed El Alami ajoute à ses  grandes qualités le rarissime mérite de toujours  entrevoir le durable dans les effets de mode qui émaillent le déroulé des jours. Le premier il a vu qu’en tant qu’élément des us et coutumes marocains, la connaissance du protocole du Palais contribue à la pleine connaissance de l’histoire du Royaume du Maroc. C’est en 1971 que Mohamed El Alami a jeté un regard curieux et objectif sur tout à la fois  la célébration  des fêtes au sein des foyers modestes et le rituel suivi derrière l’enceinte du Palais royal. A sa première édition en 1971,  «Le protocole et les us et coutumes du Maroc» a suscité les éloges des critiques qui lui ont décerné le Prix du Maroc. On ne le pouvait à moins : le livre énonce des moins-dits qui ont valeur de marqueurs de la vie politique, voire de la société marocaine. Ces us et coutumes qui agencent notre vie, ces fêtes religieuses ou familiales qui améliorent l’ordinaire des jours, ce  protocole que les étrangers trouvent, pesant, voire d’un autre âge, Mohamed El Alami se contente de les raconter en observateur averti, mais qui s’interdit le jugement de valeur qui surestime ou qui dénigre. Mais, en esprit formé à l’enchaînement naturel des faits, il ne s’interdit pas de remonter aux sources de la coutume ou des us et, ce faisant, de  rendre la compréhension du vécu  plus aisée et plus prenante. Ce souci de la continuité historique dont l’auteur fait montre tout au long  des 180 pages de son ouvrage n’est pas fortuit : Mohamed El Alami est en effet convaincu  que le Maroc actuel, «l’un des plus anciens Royaumes dans le monde», est le produit de son histoire et qu’à nulle autre pareille, sa spécificité est un trésor sur lequel il faut veiller afin de lui épargner la standardisation bêtifiante  qui veut que le moderne soit supérieur à l’ancien par le seul fait de sa postériorité. Comme les anciens, il pense que quand  bien même  la nouveauté apporterait de l’inédit, il ne faut jamais jeter l’ancien aux orties. Pour autant, il faut se garder de voir dans «Le protocole, les us et les coutumes du Maroc» un essai sur l’histoire de la tradition dans un Royaume vieux de douze siècles. Ce n’est certainement pas le souhait de l’auteur. Le voudrait-on  croire d’ailleurs qu’on ne le pourrait, tant le style dans lequel est écrit le livre est fluide, transparent, attrayant et éloigné de l’abscons  dans lequel se complaît généralement  la prose scientifique. Mohamed El Alami a été durant un demi-siècle diplomate et, de ce long exercice, il a gardé l’amour du mot exact, l’attrait pour la simplicité qui s’invite dans les esprits naturellement et le sens de la mesure. A ces qualités, il agrège cette autre  essentielle à la création littéraire: Mohamed El Alami a du talent. Et cela il l’a prouvé à chaque page de la trentaine de livres qu’il a publiés. Que «Le protocole, us et coutumes du Maroc» soit édité  de nouveau en 2012 dit clairement que le talent d’écrivain de l’auteur est  non seulement réel, mais encore de plus en plus patent. Ce n’est que justice: quand on a la faculté de montrer l’important parmi l’écume du vécu, et  que l’actualité conforte vos prévisions, on ne peut être que talentueux. On serait tenté  de vous reconnaître du génie. Modeste, Mohamed El Alami se refuse à ces flatteries. Rien ne lui fait plaisir que d’être lu.

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