Quand la poésie rencontre la musique

Quand la poésie rencontre la musique

Le poète Mohamed Loakira et le musicien Majid Bekkas se sont rencontrés le temps d’une soirée à la galerie Mohamed El Fassi de Rabat. Ces deux artistes ont inauguré la série de 4 soirées poétiques et musicales organisées à l’initiative du conservatoire de musique de Rabat du 20 au 23 décembre 2004.
Lors de la première soirée d’ouverture, l’espace Mohamed El Fassi était comble. Le public, constitué en majeure partie d’artistes et d’étudiants était là pour écouter la lecture de poésie de Mohamed Loakira. Celui- ci était accompagné de Majid Bekkas avec sa musique gnaoua. Les séquences étaient synchronisées. Par moment, seule la poésie raisonnait dans la salle. Un autre instant, la musique venait envelopper la poésie pour l’accompagner et rendre le dialogue entre ces deux genres de disciplines artistiques plus fluide.
Dans une ambiance chaleureuse, les longs poèmes de Mohamed Loakira ont épousé le rythme de la musique gnaouie. «Il ya quelque part une parenté entre la poésie et la musique», déclare Mohamed Loakira comme pour souligner que ces deux genres ne sont pas incompatibles et qu’au contraire, cela aiderait à sentir de manière plus profonde la poésie. «La musique réveille les émotions», ajoute Mohamed Loakira dans son mot d’ouverture qu’il prononça avant de se lancer sans relâche dans la lecture de ses poèmes. Ici, ce poète marocain né en 1945 dans la perle du sud, a lu pour le public venu nombreux, des extraits de «Marrakech» publiée en 1975, de «n’être» publiée en 2002 et enfin, son tout dernier «contre jour» publiée aux éditions Marsam en 2004. Mais Loakira semblait ne pas être très à l’aise dans sa lecture, puisque l’émotion et le trac l’ont quelque peu envahi. C’est en effet, très dur pour un poète de replonger dans ses écrits et de les lire au public.
C’est une épreuve difficile puisqu’elle exige que le poète ressente en profondeur des écrits qu’il a créés et produits dans un moment où l’inspiration était à son apogée. Aussi, les poèmes de Mohamed Loakira sont très longs. C’est l’une des caractéristiques de ce poète qui, avec un souffle indéterminé, pénètre un univers fait de blessures et de souffrance. Le lecteur partage tous les sentiments et les moments vécus à travers l’oeuvre avec son géniteur, ici, le poète. C’est donc, une situation difficile que de se replonger à nouveau dans son texte. Un texte fait d’écriture continue, sans ponctuation presque. De quoi en perdre le souffle.
Ainsi, pour les besoins de la lecture, Mohamed Loakira est obligé, selon ses propres termes de «charcuter et de sélectionner» les extraits qu’il souhaite lire devant l’assistance. Ceci crée une frustration de plus pour le poète qui affirme : «Toute lecture pour moi est une sorte de frustration». En effet, lorsque le poète opère au découpage du poème, il peut, par moment, omettre les meilleurs passages, car il est obligé de faire des choix. Ceci le met quelque peu mal à l’aise, mais ne l’empêche pas de faire sentir l’essence du poème aux auditeurs. D’une voix forte et empressée, Mohamed Loakira emporte le public dans son univers fait de poésie, empli de symboles, et de non-dit. Les poèmes de Mohamed Loakira brisent les tabous et les interdits à l’aide d’une figure de style très chère à Loakira : la personnification. Loakira fut fidèle à sa tradition, le silence existe très peu dans ses poèmes et récits. Lors de la lecture, les oeuvres «Marrakech», «N’être» et «Contre jour» furent enchaînées, seul la musique contribuait à ponctuer le rythme effréné des poèmes. Une manière autre d’écouter la poésie et de l’apprécier dans sa véritable valeur.

Programme soirée poésie et musique
Mercredi 22 décembre 2004
Poésie d’expression arabe : Wafae El Amrani
Musique : Saïd Laghzaoui à la guitare.

Jeudi 23 décembre 2004
Poésie d’expression berbère : Abderahmane Billouch
Musique : Frères Akkaf.

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