Quel rôle pour des intellectuels arabes ?

Quel rôle pour des intellectuels arabes ?

La bibliothèque d’Alexandrie, en Egypte, l’une des plus importantes au monde, a organisé une conférence regroupant un nombre considérable d’hommes politiques, d’économistes, de sociologues et d’intellectuels du monde arabe. Le thème de cette conférence était celui des « Réformes dans le monde arabe ».
Ce congrès, qui s’est déroulée du 12 au 14 mars 2004, a eu lieu en collaboration avec l’Académie arabe des sciences et technologies, le Conseil arabe des affaires, le Conseil arabe de la femme ainsi que le Forum des recherches économiques.
A la suite de la séance d’ouverture, présidée d’ailleurs par le président Egyptien Hosni Moubarak, les participants se sont dirigés, par groupes, vers quatre chantiers distincts. Chacun de ces derniers devait se pencher sur un aspect déterminé des réformes: politique, économique, social et culturel. L’organisation de ce Congrès se voulait une réponse du monde arabe (pour ne pas dire de l’Egypte!) aux projets américains pour cette Oumma. En effet, sous le vocable de « Grand Moyen-Orient », les Etats-Unis prévoient un vaste projet de réformes politiques, économiques, sociales et éducatives dans le monde arabe. Ce qui a suscité un tollé en Egypte et dans certains pays arabes.
L’atelier culturel est sans doute le plus important car il englobe tous les autres aspects. D’ailleurs, les congressistes l’ont dit eux-mêmes : « la Culture est la base de tout changement ». Ces congressistes ont insisté, unanimement, sur le rôle des intellectuels arabes dans la conjoncture actuelle, assez délicate, que traverse la Oumma. C’est ainsi que plusieurs intellectuels arabes, présents au Congrès d’Alexandrie, ont estimé que la réforme ne doit plus être une notion abstraite, sujet de rencontres académiques stériles. Le monde arabe doit passer, de manière rapide et sans délai, à la phase « exécution » de cette réforme. Cette dernière ne pourrait supporter aucun report, même si des pressions extérieures, surtout américaines, sont exercées sur les régimes arabes. A ce titre, pour réussir toute réforme, les intellectuels arabes préconisent l’adoption d’une certain nombre de mesures préalables. C’est le cas notamment de la levée de l’état d’exception, notamment en Egypte. En d’autres termes, on ne peut prétendre entamer une ère nouvelle, celle de l’ouverture et des réformes, quand on impose des restrictions à la liberté d’expression des intellectuels.
Par ailleurs, « la spécificité culturelle dont se targuent les régimes arabes, et certains de leurs intellectuels, ne doit nullement être un prétexte pour le refus de l’ouverture et des réformes ». En termes clairs, l’exception arabe, d’accord, mais pas au détriment des valeurs universelles de liberté et d’égalité. Le Congrès d’Alexandrie, au-delà de ses objectifs politiciens, a prouvé que la majorité des intellectuels arabes tiennent un discours totalement opposé à celui des milieux officiels. Cette indépendance des intellectuels arabes, bien que relative, risque d’être un véritable cheval de Troie entre les mains des Etats-Unis.

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