Rabat, à l’heure de la fête

La couleur de l’ouverture de la première édition du festival Mawâzine de Rabat a été annoncée par les tambours du groupe londonien Ladbroke Grove. Les rythmes endiablés qui sortaient de leurs tambours ont enflammé l’assistance. «On joue toutes les sortes de musiques, venant des quatre coins du globe» nous a dit Maliki Francis, un membre de ce groupe. Les rythmes calypso dominent toutefois dans ces types de musique. Le moment le plus attendu de cette journée se confondait avec la parade du groupe bolivien Diablada. La danse de cette troupe de 70 personnes est classée patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO. On peut regretter que le parcours initialement prévu pour la parade de cette troupe ait été restreint à quelque six cents mètres. Il était programmé au départ que les Diablada défileraient dans les principales artères de la capitale. Qu’est-ce qui a conduit les organisateurs à modifier ce parcours ? En tout cas, la présence des Diablada constitue l’empreinte qui dote ce festival d’une identité de nature à le rendre reconnaissable par tous. Au demeurant, les danseurs de ce groupe portent des costumes magnifiques.
Des costumes confectionnés dans des tissus de couleurs très vives. Des étoffes brodées, ornées de multiples objets. L’un des membres de cette troupe revêt un costume plumé de condor, avec des ailes qu’il déploie en courant. Chaque détail dans les costumes a une signification. Ainsi une large ceinture, surchargée de pièces de monnaie, portée par plusieurs danseurs. L’un d’eux, Amilcar Torrico, nous a confié que ces pièces sont une allusion «aux personnes que le poids de la cupidité empêche de voler».
En plus, les Diablada paradent aux sons d’une fanfare, dont les musiciens jouent sur des tubas immenses, des trombones et des clarinettes. Les danseurs pressent le pas, esquissent des gestes amples avec les pieds. Les 70 diablada tournent brusquement au signal de leur chef, reconnaissable par son casque de conquistador. On en a plein les yeux et plein les oreilles. Cette troupe a mis de la joie parmi le public. Ses membres mettent du coeur à l’ouvrage. Ils ont aussi le sens de la fête. Un vendeur d’eau traditionnel, oubliant toute contenance, a lancé trois fois dans l’air son chapeau pour les saluer.
Après les Boliviens, le public a été convié à un autre spectacle d’une grande qualité. Oumou Sangaré, la diva malienne native de Bamako, a chanté au théâtre Mohammed V. Son nom scintille parmi les grands de la chanson africaine. Elle doit cette réputation à une voix incomparablement puissante en même temps que suave. Le timbre chaud de cette voix a réchauffé les assistants. Son engagement en faveur de la condition de la femme en Afrique est aussi connu par tous.
Oumou Sangaré chante contre les mariages forcés, contre la polygamie. La moindre des curiosités du spectacle de la Malienne consiste à voir l’usage que font ses deux choristes de calebasses en bois. Ces calebasses portent des pendentifs en ivoire qui résonnent au contact du bois. Les deux choristes les envoient dans l’air en leur faisant opérer des mouvements rotatifs. Les personnes qui les ont vues à l’oeuvre n’oublieront pas ce spectacle.
Oumou Sangaré a très bien expliqué l’esprit multiethnique qui fonde ce festival. Cet esprit est donné à voir sur une terre africaine. Le brassage des cultures que l’on espère parfois ailleurs est une réalité ici. La chanteuse l’a dit dans ces termes : «Ca fait plaisir de voir un festival comme celui-là, organisé chez nous en Afrique».

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