Rachid Chraïbi : «Le style, c’est l’oeuvre»

Rachid Chraïbi : «Le style, c’est l’oeuvre»


ALM : Pourquoi promouvoir le livre marocain  à Genève quand il gagnerait  à l’être ici même, au Maroc?
Rachid Chraïbi : Pour moult raisons. D’abord parce que le Salon de Genève qui se tiendra du 25 au 29 avril est l’un des plus courus au monde. Secundo, le Maroc y participe en qualité d’invité d’honneur avec une surface d’exposition de 1.000 m2, soit, en la circonstance, l’une des plus vastes. Cela nous commande de marquer du sceau de la plus haute qualité notre présence à cette manifestation. C’est pourquoi- et c’est une autre raison qui explique notre participation – nous avons décidé d’en faire une devanture pour promouvoir non seulement le livre et la littérature, mais la culture marocaine dans son ensemble.

C’est-à-dire?
C’est-à-dire que nous y exposerons des spécimens de la littérature nationale – francophone essentiellement-, mais aussi des œuvres artisanales, des créations musicales, des pièces de théâtre, la gastronomie… bref, nous y ferons une présence appuyée au moyen de tous les arts que nous pratiquons. Comme vous le voyez, il s’agit plus de rayonnement culturel et d’image du Maroc que de littérature ou de livre stricto sensu. En fait, il s’agit de montrer le visage du Maroc tel qu’il est devenu à travers ses progrès politiques, économiques et sociaux.

Comment se porte la littérature francophone aujourd’hui?
Moyennement, je dirai même très moyennement. Et cela pour une raison bien simple : si la création existe, elle ne trouve que très rarement preneur. Les gens préfèrent acheter des œuvres étrangères. Beaucoup  de bibliothécaires m’ont affirmé que même plus chers que les nôtres, les livres étrangers ont presque toujours la préférence des acquéreurs. C’est comme ça.

Que faut-il faire pour que ça bouge?
Il faut étoffer le réseau de distribution. Il n’y a pas assez de librairies. Non plus que n’existe une politique de familiarisation de la jeunesse à la lecture. Il faut en pratiquer dans les lycées et les collèges de manière à donner aux générations montantes l’envie et l’habitude de lire.

Certes, mais cela est aussi l’affaire des littérateurs qui doivent s’essayer à susciter cette envie et cette habitude, non?
Croyez-vous que nous n’en ayons pas conscience ? C’est même ce qui m’a conduit personnellement à frayer de nouveaux genres tels que le roman historique, la saga familiale, la littérature féminine…

Puisque vous l’évoquez, où en est-elle cette littérature féminine?
Elle se porte bien pour son âge. Aux dernières nouvelles, 40% de nos auteurs sont des auteures. Ce n’est pas encore la parité, mais cela ne saurait tarder au rythme où les choses avancent. Elle est d’ailleurs de remarquable facture, ce qui, évidemment, ne gâte rien, suivant la formule consacrée.

Vous êtes éditeur. Vous êtes même l’un des plus anciennement établis sur la place, qu’est-ce qui fait une bonne œuvre littéraire?
L’esthétique de la langue. Il ne s’agit pas simplement de raconter une histoire, il faut en plus la raconter dans un style qui enchante. C’est à mon avis l’une des  clefs du succès. Il y en a d’autres évidemment.

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