Raiss : «Les artisans sont exploités»

Raiss : «Les artisans sont exploités»

ALM : Vous organisez l’événement «De fil en aiguille» la semaine prochaine à Fès. De quoi s’agit-il au juste ?
Zhor Raiss : «De fil en aiguille» est une manifestation sur trois jours dédiée au Caftan marocain. Le but n’est pas d’organiser un simple défilé, mais, plutôt, de faire parler du caftan traditionnel marocain et des petites mains qui le confectionnent. On aimerait rendre hommage aux artisans grâce auxquels celui-ci a pu être préservé.

Qu’est-ce qui vous a motivé pour initier cette manifestation ?
Cela fait un an que je travaille avec un groupe de personnes au sein de mon association « De fil en aiguille » sur la préparation de cet événement. En fait, nous avons voulu montrer un autre Maroc. Nous en avons assez de voir qu’au fil des années, des Français s’approprient le Caftan et s’enrichissent sur le dos des artisans. Ces derniers passent un temps fou à réaliser des caftans de toute beauté et, en fin de compte, ils sont sous-payés, ne sont pas déclarés à la CNSS et ne bénéficient d’aucun droit. C’est ce triste état de fait qui nous poussés à lancer l’événement « De fil en aiguille » pour mettre fin à ces abus. C’est dans ce sens que nous avons prévu des tables rondes auxquelles vont participer des intervenants de la Maison de l’artisan. Ce sera l’occasion de discuter de certaines modalités pour professionnaliser le secteur.

De quelle manière comptez-vous rendre hommage à ces artisans ?
Nous avons mobilisé une vingtaine d’artisans, femmes et hommes, qui vont monter sur scène lors du défilé organisé à l’occasion de cette manifestation. Ce seront eux les stars de la soirée et non pas moi. Mon but est de les valoriser et de montrer à tous les spectateurs présents, y compris les étrangers, que le véritable mérite revient à ces petites mains. Lesquelles vont dévoiler, devant les spectateurs, toutes les étapes de la réalisation du Caftan. Ces artisans feront découvrir leur savoir-faire, en évoquant la qualité de chaque tissu et de chaque style de broderie. En plus du défilé, des stands seront installés au Musée Batha. A travers chaque stand, les visiteurs pourront prendre le temps de découvrir des tissus faits à Fès. C’est le cas du Brocard qui a été créé par des artisans de cette ville.

Comment se profile la collection que vous allez présenter lors du défilé ?
J’ai dessiné des croquis pour une petite collection. Nous n’avons pas voulu capitaliser sur les tissus haut de gamme dont le prix est excessivement cher et qui proviennent, pour la majorité, des pays étrangers. On fera de la haute couture avec du tissu local. Nous voulons capitaliser sur la mise en valeur des coupes et des broderies traditionnelles. Les étoffes seront très simples.

Vous faites partie des premières stylistes marocaines à s’être lancées sur la scène de la mode. Aujourd’hui, vous vous êtes mise à l’écart. Quelle est la raison de ce retrait ?
Je ne me suis jamais retirée. En fait, j’ai toujours voulu rester discrète dans mes actes. Je trouve qu’il faut garder sa modestie. J’aime promouvoir mon travail et mon savoir-faire tout en mettant en valeur le travail des artisans. C’est pour cette raison que je préfère me cacher.

Pensez-vous, à l’instar de certains observateurs, qu’il y a un climat malsain au sein de l’univers de la mode au Maroc ?
Le problème au Maroc c’est qu’il y a des stylistes tout juste sortis des écoles qui veulent devenir des stars du jour au lendemain. Les jeunes doivent souffrir et continuer à apprendre de ceux qui les ont précédés. C’est ainsi que cela se passe dans tous les pays du monde. Les grands créateurs de haute couture ont appris en faisant des stages chez des stylistes de renom.

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