Réconcilier l’art et l’architecture

Contrairement à l’idée reçue dans notre pays : les architectes et les artisans ne font pas bon ménage. Les premiers montrent du doigt le peu de créativité des seconds. Ils le reconnaissent d’ailleurs très clairement. Selma Zerhouni, directrice de la revue « Architecture du Maroc » qui organise le séminaire, a dit dans ce sens que : « les architectes dénigrent les artisans et le savoir-faire artisanal ». Que reprochent au juste nos architectes au savoir-faire de nos artisans ? Ils disent que peu de choses étonnent vraiment par leur nouveauté dans les métiers participant de l’artisanat au Maroc.
Dans très peu de choses, se voit une innovation qui nous invite à écarquiller les yeux. Tout n’est que copies et viles reproductions de modèles déjà existants. Ils ajoutent que l’on aura beau dire que l’artisanat s’oppose à une fabrication en série, et que la marque d’une facture manuelle et personnalisée est présente dans chaque pièce, il suffit de se promener dans n’importe quelle médina pour se rendre compte que les objets qu’on a vus dans la première boutique sont ceux-là mêmes qu’on retrouve largement dans celles qui lui sont adjacentes. D’emblée, l’artisan est jugé comme un homme de peu d’imagination. « Comment injecter un peu d’inventivité dans un travail répétitif ? », s’est interrogée dans ce sens Selma Zerhouni. Comment convaincre aussi des architectes du fait que le recours au savoir-faire des artisans n’entame en rien la modernité de leurs bâtiments ? Comment les persuader que le choix identitaire ne se résorbe pas à l’introduction du zellige et des tuiles vertes ? Comment les amener à l’idée que les métiers d’art traditionnels peuvent doter d’un savoir-faire vigoureux leurs conceptions?
La rencontre de samedi prochain sera traversée par ces interrogations, mais elle sera sous-tendue par la réconciliation de métiers d’art traditionnels avec l’architecture contemporaine. Azzedine Nekmouche, président du Conseil régional de l’Ordre des architectes du Centre, a dit à cet égard que le séminaire vise à «mettre en valeur les métiers d’art en architecture».
Des modèles de cette synergie existent, comme l’a souligné Fouad Akalay, directeur du groupe de presse Archimédia. Il a rappelé l’exemple de la porte de la Banque du Maroc à Casablanca, souvent cité comme une référence du travail en commun réussi entre l’architecte et l’artisan. D’autres précédents réussis de la collaboration entre architectes et artisans seront cités lors de ce colloque.
Une Japonaise parlera de l’une des expériences les plus réussies en la matière. Mabchour l’amine des ferronniers de Casablanca, âgé de 80 ans, évoquera pour sa part sa coopération avec l’architecte Auguste Cadet qui a construit le quartier des Habbous et la Mahkama. En ce temps-là, les architectes ne toisaient pas de très haut le savoir-faire des artisans. D’autres experts vont intervenir dont la directrice de la GRETA des arts appliqués à Paris, Françoise Dax Boyer, et des architectes marocains. Leurs contributions vont souligner la place que les métiers d’art peuvent encore occuper dans l’architecture contemporaine au Maroc.

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