Regards croisés sur le Maroc d’hier

Regards croisés sur le Maroc d’hier

Le parcours du Maroc indépendant a fait couler beaucoup d’encre. Plusieurs, voire beaucoup de livres ont apporté l’éclairage nécessaire sur le Maroc indépendant. Par contre, peu d’écrits, et moins d’images encore, ont été divulgués sur la présence coloniale de la France au Maroc. C’est ce que vient de révéler, images inédites à l’appui, Frédéric Mitterrand et Abdellah Taïa.
De la rencontre entre ces derniers est né un livre intitulé «Maroc, 1900-1960, un certain regard». Paru récemment chez «Actes Sud» ( France) et «Malika Edition» (Maroc), cet ouvrage nous édifie sur un passé colonial qui n’est pas toujours synonyme de douleur. «Quand je lui demandais de me parler du temps des Français, ma mère me ressortait chaque fois deux noms, deux images, toujours les mêmes, Lyautey et Boniface. Le bon et le méchant. Celui qui a aimé le Maroc et celui qui a humilié les Marocains, qui les a torturés, tués», écrit Abdellah Taïa, ajoutant que «le maréchal Lyautey est devenu, avec le temps, une référence, une légende, un conte romantique presque ». Bien sûr, il n’est pas question d’apporter une «caution» à une période coloniale marquée par autant de dérives répressives. Mais ce n’est pas là l’objet du livre. Il s’agit ici de lever un coin du voile sur la vie des Marocains sous le protectorat, mais aussi la vie des colons français au Maroc. Ces photos sont heureuses, dramatiques, tragiques…
Elles révèlent le Maroc d’hier dans tous ses états. On peut, par exemple, voir les premières scènes du débarquement de soldats français à Rabat, désemparés au milieu «des hommes en djellaba». Aux portes de la médina de Casablanca, à proximité de la légendaire horloge qui continue de défier le temps, on voit un spectacle des premiers commerçants assis en tailleur, avec leurs haillons qui en disent long sur leur misère, sans compter des vues aériennes sur les premiers édifices modernes de ce qui deviendra la mégalopole du Royaume : Casablanca. Le maréchal Lyautey est montré comme le maître d’ouvrage de cette vaste entreprise de modernisation. Hors Casablanca, de belles photos nous font voyager dans l’ancienne époque de la capitale ismaïlienne : Meknès. Un gros plan nous est proposé sur la porte mythique d’El Mansour envahie par des muletiers et autres paysans.
Au-delà des Marocains, un large zoom est proposé sur le mode de vie mondain des colons français au Maroc. Comme celui qui nous montre un bal donné en l’honneur du résident général Juin. «C’est pour moi totalement surréaliste et insidieusement humiliant. Ces gens qui s’amusent comme chez eux dans mon pays encore soumis et pauvre et cette atmosphère frivole dont les codes et les usages me sont inconnus», commente M. Taïa.
Avec ce livre, Frédéric Mitterrand et Abdellah Taïa mettent à la disposition du lectorat, marocain et français, un document précieux sur une période peu connue des rapports franco-marocains. A découvrir absolument…

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