Rencontre : Boulane, les sataniques et les autres

Rencontre : Boulane, les sataniques et les autres

«Les anges de Satan » est l’intitulé de son prochain film. Après avoir écrit son scénario, obtenu l’aval du Fonds d’aide à la production cinématographique, Ahmed Boulane se prépare à le porter à l’écran. Si tout discours sur ce long-métrage reste prématuré, sachant bien que le premier coup de manivelle sera donné en juin prochain, le scénario donne déjà un avant-goût de ce que sera ce film.
Un réquisitoire contre l’acte liberticide dont ont été victimes les 14 jeunes musiciens traduits en justice le 16 février 2003 pour appartenance à un groupe dit « adorateurs de satan» et pour « ébranlement de la foi de musulman ».
En décriant le procès intenté contre ces jeunes, condamnés à des peines allant de 6 mois à 1 an et demi, avant d’être libérés grâce à la mobilisation de la société civile, M. Boulane prend fait et cause pour la liberté. « Je n’imagine pas qu’on ose toucher à la liberté des individus », nous a-t-il dit.
L’artiste en sait quelque chose. Lors d’une manifestation en 2005 à la Faculté de Mohammédia, Boulane s’est vu interdire par des étudiants intégristes de projeter son film «Ali, Rabia et les autres ». Pris pour cible par une poignée de barbus téléguidés par les théoriciens de la barbarie intégriste, il n’a pas lâché du lest. « Si vous voulez me tuer, je suis prêt à vous donner mon adresse personnelle », a-t-il lancé à l’intention des nervis intégristes. Un acte de bravoure très rare quand on sait que, au lieu de faire face à la campagne haineuse que mènent les intégristes contre la culture, nombre d’artistes ont préféré jouer aux abonnés absents ( !).
En consacrant son prochain film à l’affaire de triste mémoire des « adorateurs de satan», Boulane veut également porter le combat au grand-écran. Une initiative qui ne manquera pas de faire encore une fois grincer des dents les gardiens du fameux temple, sachant que l’image reste une arme redoutable.
Boulane n’en a cure, pour lui il faut à tout prix tenir tête au danger obscuranto-liberticide qui guette tout acte de création. Une position à l’image de la trajectoire parcourue par cet homme de cœur. Un véritable parcours de combattant. Né en 1956 à Salé, -dans le quartier « Saniat al-Bacha »-, l’enfant se rebellera très tôt contre le carcan d’un académisme stérile pour se consacrer à l’art. A l’âge de 16 ans, alors qu’il était entré au collège, il abandonne ses classes. Juste après, il se présente à la Radio et Télévision Marocaine (RTM). Après un entretien, il sera admis à Dar Brihi, en tant que membre de la troupe de théâtre nationale. Boulane se dit reconnaissant à Ahmed Basri, auteur de «plays » (pièces de théâtre) qui « m’a beaucoup encouragé ». S’agissant de cinéma, Boulane parle d’«accident de parcours ». «De ma rencontre avec Nabyl Lahlou, était née une première proposition de rôle dans son film  «Les Morts» .
Dans ce film, j’ai incarné un musicien classique, habillé en smoking… », se souvient-il avec affection. Cette proposition devait en appeler d’autres, Boulane sera encore invité à jouer dans deux films du même réalisateur, en l’occurrence «Al Kanfoudi » et « Le gouverneur général». Les personnages qu’il a campés correspondent parfaitement au tempérament de Boulane. « Un peu révolté », dit-il. En 1979, l’artiste met le cap sur l’Italie pour des études à l’Institut de cinéma de Milan. Réfractaire à l’académisme, il quitte cet institut pour intégrer une jeune troupe de théâtre milanaise appelée « Théâtre-laboratoire de Milan ». Avec cette troupe, il a joué, entre autres, dans « Peergimt ».
Un an plus tard, retour au Maroc. Une rencontre avec le producteur-réalisateur italien Pino Mangonia, alors en visite dans le Royaume, sera couronnée d’une proposition : devenir assistant-réalisateur. Avec P. Mangonia, Boulane assure la co-réalisation du film « Marco Polo », tourné dans le sud marocain. Une expérience d’autant plus fructueuse qu’elle se poursuivra jusqu’en 2000, année-phare pour Boulane puisqu’elle marque la sortie de son premier long-métrage « Ali, Rabia et les autres».
Ce film se présente comme la consécration de Boulane, révélé par le court-métrage « Voyage dans le passé » (1996). «Ali, Rabia et les autres », premier long-métrage de Boulane, a permis à son réalisateur de se mettre sur le devant de la scène, au Maroc mais aussi à l’étranger. Prix de la presse, prix de l’acteur, prix du montage, prix de la première œuvre… C’est là la moisson de prix que le film a récoltés au 6ème Festival national du film de Marrakech, sans oublier le prix du jury que ce film  a décroché à Lisbonne (Portugal). Avec ce prix, une belle carrière internationale allait se dessiner.
Le film a participé à plusieurs festivals internationaux, dont ceux de Dublin (Irlande du Nord), Paris (France), Stockholm (Suède), Rome (Italie), Valence (Espagne), Alexandrie (Egypte)… Et ce n’est pas tout… Après avoir décroché 2 millions de dirhams auprès du Fonds d’aide à la production cinématographique, Boulane se prépare à récidiver avec « Les anges de satan».

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