Reportage : Les bouquinistes nouvelle génération débarquent à Labhira

Ils sont jeunes, en majorité des licenciés, des accros de lecture ayant durablement fréquenté les échoppes de Labhira de Casablanca. Hier encore, ils secondaient un père, un proche parent ou un voisin. Aujourd’hui, ils sont les maîtres des lieux.
Dans leurs échoppes de fortune prises d’assaut par une foule de grandes et de petites silhouettes, ces bouquinistes nouvelle génération, comme Bouchaïb, étalent leurs précieuses marchandises en piles ou en rayonnage pour les passionnés de lecture ou ceux en quête de perles rares à bon prix. Des prix à partir de 5 dh le livre.
«Nous sommes les gardiens d’un patrimoine culturel aux trésors inestimables. Nous perpétuons ce métier depuis des générations», lance fièrement Bouchaïb, qui a débuté dans le métier à l’âge de sept ans aux côtés de son père avant de voler de ses propres ailes en montant sa propre affaire pour un capital évalué entre 20 à 30.000 DH.
Ces jeunes bouquinistes n’ont sûrement pas le souci de présenter des nouveautés. Ils semblent au contraire avoir une affection particulière pour des œuvres plus classiques ou anciennes qui ont marqué une époque : des manuels scolaires et des ouvrages généralement de seconde main qui trouvent facilement preneur.
Qui plus est, la variété est impressionnante : publications anciennes et modernes, dictionnaires, essais, manuels scolaires, livres de sciences, d’Histoire, de philosophie, de droit, de géographie, de théologie, romans, ouvrages d’art, informatique, toutes les écoles littéraires. Auteurs anciens et modernes, écrivains illustres et inconnus.
Les livres sont disposés selon les catégories et les genres dans des échoppes qui dégagent l’odeur de l’ancien papier. C’est cette même odeur qui semble attirer un groupe d’étudiants qui envahissent l’échoppe du bouquiniste dans une ambiance bon enfant. Bouchaïb a facilement conquis le groupe et engagé la discussion. Ils repartent les bras chargés de livres.
«Notre clientèle se compose de toutes les catégories socio-professionnelles: de l’universitaire à l’artiste en passant par le sportif ou encore l’ingénieur», explique-t-il. Profitant de la rentrée scolaire et universitaire, Bouchaib se convertit en libraire. Une aubaine pour doper ses recettes. D’ailleurs, il n’est pas le seul, ces jeunes bouquinistes de Labhira ratissent large, en mettant en vente les programmes scolaires tous niveaux et toutes disciplines confondus.
Ils proposent ces programmes  »prêt-à-porter » dans des packages complets selon les niveaux scolaires. A en croire Bouchaib, les «prix sont raisonnables et à la portée de toutes les bourses. C’est au moins 10 à 15% de réduction par rapport à certaines librairies».
Cette nouvelle méthode, marketing oblige, semble gagner du terrain à Labhira. Mais de jeunes bouquinistes, on les trouve actuellement dispersés un peu partout dans les endroits fréquentés de Casablanca. A défaut d’échoppes, certains se mettent à même le sol et installent leurs librairies par terre.
D’autres étalent leurs précieuses marchandises sur des boites en carton.
Toujours est-il que Labriha reste le lieu de vente de ces trésors par excellence, un endroit qui a subtilement gardé son aspect magique pour offrir aux férus des livres un périple de rêve. Les gens s’y rendent en pèlerinage avec l’ambition d’y découvrir des siècles de littérature, d’art, de philosophie, de poésie et de culture.
Ancien lieu de vente d’habits de seconde main, Labhira a vu le jour dans les années 1970. Sa proximité de Bab Marrakech, site commercial par excellence en plein centre-ville, en fait un lieu de prédilection du grand public.

Mohamed Chennouni
(MAP)

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