Reportage : Nayer, la fête du nouvel an amazigh

Reportage : Nayer, la fête du nouvel an amazigh

C’est ce dimanche 13 janvier que le calendrier amazigh entame sa nouvelle année 2958. Une fête populaire célébrée depuis la nuit des temps au Maroc mais aussi de la Libye jusqu en Mauritanie. Au marché de Bab sidi Abdelwahab d’Oujda par exemple, les boutiques de la place sont agrémentées aux couleurs des fruits secs de toutes sortes. Le local et l’exotique se fusionnent en tableaux magiques composés de produits naturels. Les enroulements de figues suspendus au-dessus des étalages garnis de mille délices donnent au souk l’aspect festif. Pour les historiens, le calendrier amazigh est un calendrier agraire d’où le rapport étroit avec le calendrier agricole qui commence le même jour. Au-delà de toute la littérature fictive ou réelle qui accompagne un rituel traditionnel célébré de manière populaire, La commémoration de la fête du Nayer puise sa justification culturelle d’un idéal dynamique et transmissible de valeurs héritées. Elle est l’expression manifeste d’une tradition qui ancre les habitants de la région dans un espace aux multiples composantes. La célébration du Nayer est une coutume qui se rattache à une spécificité locale. Elle est gardée jalousement en dépit des aléas du temps et des différentes formes d’acculturations. L’attachement aux récoltes du terroir et à la terre est un symbole d’originalité.
Nayer s’est toujours associé à la terre et à la production. C’est le début d’une nouvelle année et comme tout début, l’espoir en une bonne récolte est permis. Il est exprimé en une brillante fanfare. En somme, c’est une opportunité pour l’exhibition de la joie et la présentation des vœux. Et c’est dans cette communion que la société a perfectionné cet entrecroisement de comportements sociaux qui régissent les expressions culturelles les plus manifestes.
Et puisque la célébration du Nayer coïncidait avec la saison hivernale, tout le rituel gastronomique était riche en teneur énergétique et en calories : les krichlates, ces biscuits traditionnels qui font la fierté de nos mères, la tarte sucrée garnie d’un œuf au centre et des tresses en pâte tout autour, le berkoukech à la viande séchée ( Gueddide), le cherchem ( à base de graine de farine ou de blé tendre) au sept légumes et au sept légumineuses telles les lentilles, les pois secs, les fèves , le lupin et les pois chiches. Le chiffre sept est d’une importance majeure puisqu’il symbolise les jours de la semaine. Les sept légumes se rapportent à la saison de fin d’année avec son lot de navets, courgettes, carottes, choux, oignons, pommes de terre et autres. Se rassasier le long de la semaine est un vœu non des moindres, notamment en périodes de guerre ou de famine. Heureux plus qu’Ulysse est celui ou celle qui trouvera dans sa cuillère, lors du souper du jour de l’an «amensi nenayer» le pois chiche noir ou la fève rouge. Sorte de porte-chance enfouie dans le potage. Il aura droit à une double ration de délices constitués des fruits secs. Le «gagnant» dégustera aussi une bonne part du coq égorgé pour la circonstance. Ce plat exquis aux multiples résistances n’est pas la seule attraction du jour. Il est accompagné par la «khoulta» ou la «tbigua» un mélange de tous les fruits secs de la saison.
De nos jours, les fruits secs sont exposés durant une vingtaine de jours. Les vasques multicolores de paille, remplies de cacahouètes 24 DH, de marrons 45 DH, de châtaigne 60 DH, de noix de pacane 65 DH, de noix beldi avec coquille 45 ou sans coquille 80 dhs, les pistaches 70 dhs, les noix de coco à 10 dhs la pièce, d’amandes avec coquille 36 DH et sans coquille 78 DH, les dates à partir de 22 et jusqu’a 34 DH alors que les figues entre 28 et 40 DH le kilogramme et 8 DH pour la boite de 250 grammes. Quant à la khoulta composée de différents fruits secs et bonbons, elle est vendue à partir de 25 dhs le kilo, l’ananas 20 dhs l’unité et 70 dhs pour le kilo sec découpé.
A ces fruits secs, s’ajoutent toutes les friandises de bonbons et de chocolats. Les différents fruits font aussi partie des achats occasionnés par le Nayer. Toutefois, la spécificité des anciens est en train de disparaître. Nos aïeux pendaient un melon depuis l’été jusqu’au jour de fête pour le déguster à la fin du dîner.
«Assougass najdid» pour exprimer le nouvel an en amazigh est donc une ancienne coutume qui débute le calendrier agraire local. Elle connaît un vif intérêt économique et un regain festif notamment la mise en exergue de nos coutumes et habitudes. Cet intérêt populaire est accompagné d’une activité de mise en valeur des produits locaux à l’instar des figues, dattes, amandes et autres produits du terroir et qui font la fierté de plusieurs régions du Royaume. Ainsi des centaines de boutiques se transforment en cette période en lieux de délices qui exposent ce riche potentiel agricole en mettant en valeur nos penchants pour les douceurs et le savoir-faire des cultivateurs marocains et notamment celui des femmes. Ce sont elles qui s’occupent du séchage à l’air libre des figues en été sous le soleil tout en les protégeant de l’humidité. Une activité qui dure une semaine. Par la suite, elles les mettent dans des endroits clos. Elles les alignent dans des emballages traditionnels après les avoir placées en rondelles et les tasser les unes contre les autres. La seconde technique consiste à les agencer en colliers de figues séchées prêtes à la commercialisation. Même exercice pour les dattes et tous les autres fruits séchés à l’instar du raisin et des prunes et des abricots.

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