Révolution au sein des médias écrits

Il y a dix ans, les ordinateurs arrivaient en masse dans les salles de rédaction, mais aussi dans les services de réalisation des journaux : maquette, correction, photogravure et iconographie. L’investissement était si énorme qu’on ne pouvait pas se permettre de se tromper. Ce fut l’âge d’or des sociétés d’informatique.
Ce fut parallèlement la disparition de plusieurs dizaines d’entreprises de photocomposition et de photogravure traditionnelles qui n’avaient pas su ou pas pu investir dans ces nouvelles technologies, faute d’argent ou faute d’y croire.
Fini les ciseaux, la colle, le bromure; fini le banc de reproduction pour les profs des photos. Tout le monde fut équipé d’un ordinateur, de réseaux, d’imprimantes, mais aussi d’un nouveau vocabulaire : “Ferme le finder”, “Le serveur a planté”, “Change de driver”, etc.
De nouveaux comportements apparurent : chacun était rivé à son écran, plus personne ne parlait (sauf à la machine), on malaxait les petites boules anti-stress. Parce que les gens qui réalisent les journaux voulaient que ça marche et que leur métier évolue, parce que les patrons avaient envie que ça marche, pensant réduire les coûts, parce que les rédacteurs en chef avaient envie que ça marche pour réduire les délais afin d’être le plus près possible de l’actu, ça a marché.
Aujourd’hui, et c’est un paradoxe, on pourrait fabriquer un journal presque sans voir un bout de papier avant l’impression. Tout passe par le serveur : les articles, bien sûr, qui eux-mêmes peuvent arriver par modem ou par Internet, la correction peut se faire sur écran, on “balance” les textes à la maquette, qui, après la mise en page, “rebalance” les pages à réviser, intègre des photos qui elles-mêmes sont souvent prises sur les bases des agences, et ainsi de suite. En France, la plupart des journaux ont intégré l’ensemble de la chaîne de fabrication et ne font plus appel à des fournisseurs extérieurs. On voit des métiers prendre de plus en plus d’importance : les informaticiens, entre autres, y compris dans les grandes imprimeries puisque l’impression elle-même est largement informatisée. Aujourd’hui, une fois les pages terminées et le “BAF” (bon à filmer) donné par le rédacteur en chef préféré, on envoie les fichiers informatiques directement à l’imprimerie par Internet.
Les opérateurs sur place envoient les fichiers reçus dans un ordinateur central qui fait les plaques directement, sans passer par la bonne vieille étape des films qui nous permettaient de gratter quelques virgules ou de découper un “s” de trop. La nouvelle technologie a ses revers. On y gagne en temps et en délais de bouclage, mais pas en souplesse (fini les becquets, ces retouches de dernière minute).
Désormais, nous sommes complètement dépendants du réseau et du système informatique. Que faire quand le serveur “plante” ou que le système d’envoi par Internet refuse de fonctionner ? Bref, de nouveaux métiers apparaissent et les anciens ont considérablement changé. Et ce n’est pas fini…

• D’après Nathalie Pingaud, Courrier international

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *