Saaïdi ou les trésors de l’art

Saaïdi ou les trésors de l’art

C’est en grande pompe que l’espace Memoarts.com a été inauguré, jeudi soir, à Casablanca. En homme affable, Abderrahmane Saaidi, la cinquantaine souriante, a accueilli de nombreuses personnes, venues étrenner un lieu où sont exposés des objets dédiés à la vente en ligne. Trois mois à peine après avoir quitté son fauteuil de directeur de La Samir, le voilà qui se lance dans une nouvelle aventure. Celle de marchand d’art où il se sent déjà comme un poisson dans l’eau. Il faut dire qu’il y a de quoi être fier des locaux de Memoarts.com, situés au coeur de Derb Omar. Une vaste galerie est surplombée par un étage supérieur. Mieux aménagée, elle pourrait accueillir des expositions de qualité. Dans une ville où les espaces d’expositions manquent cruellement, il faut saluer toute initiative visant à en créer. Malheureusement les conditions de l’accrochage ne sont pas à l’unisson de la somptuosité des locaux. L’étage supérieur est pratiquement dédié aux peintres Miloud Labied et Farid Belkahia. L’éclairage, trop intimiste, ne permet pas de les apprécier à leur juste valeur. Au rez-de-chaussée, le mélange des genres l’emporte. Un peintre domine tous les autres. Il s’appelle A. Rahmani et peint des tableaux ressemblant comme deux gouttes d’eau à ceux de Fqih Regragui. Il y a aussi des peintres orientalistes comme Mantel et quelques Jilali Gharbaoui à propos de l’authenticité desquels l’un de ses amis a formulé des réserves. Qui assure l’expertise des objets ? M. Saaidi explique que la notion d’expert n’existe pas au Maroc. Il précise que l’un des dirigeants de l’espace, Ali Tazi, veille sur l’authenticité des objets. Ajoutant qu’un certificat d’authenticité sera délivré aux acquéreurs «qui le souhaitent», M. Saaidi se dit sûr du caractère irréprochable des objets mis en vente.
L’ex-ministre de la Privatisation semble sincère. Quand on l’interroge sur l’origine de son intérêt pour les arts, il répond : «je ne suis pas un grand artiste, ni un amateur éclairé, et encore moins un collectionneur». Alors comment se fait-il ? Il affirme qu’il «fréquente des professionnels» de l’art et que l’envie de créer cet espace lui est venu de la volonté de mettre à la portée d’un large public des objets de qualité. Quand on insiste encore un peu, il dit qu’il maîtrise plus l’outil Internet, mis à la disposition des enchérisseurs, que les objets qu’il leur présente.
M. Saaidi est intarissable sur le «caractère innovant» du concept Memoarts.com. Il détaille les différentes rubriques du site de l’espace, doté d’un musée virtuel qui permet de se faire une idée sur des armes, bijoux et peintures au Maroc. Ce musée est une excellente idée. Il gagnerait toutefois à être développé, en faisant la promotion d’artistes réputés ne pas avoir la cote. C’est cela l’essence de l’art.
Cela dit, y a-t-il un marché pour Memoarts.com ? M. Saaidi est sûr de son fait. Il explique que les enchères, lancées sur Internet, permettent justement de toucher un public, au-delà des frontières nationales. M. Saaidi a une réponse – peu ou prou convaincante – à tout, en privé. Mais il précise au journaliste qu’il ne souhaite pas que son nom soit pas cité dans l’article, arguant que c’est d’un espace d’art qu’il s’agit et non pas de celui qui en est le promoteur. Décidément, Abderrahmane Saaidi ne cessera jamais de nous étonner.

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