Salim : «Je suis né dans un double placard»

Salim : «Je suis né dans un double placard»

ALM : A 51 ans, vous sortez votre premier livre. Pourquoi avoir attendu tout ce temps pour signer votre premier récit ?
Omar Salim : C’est un vœu que je caresse depuis longtemps, je n’ai jamais eu le temps ni la volonté de plonger dans l’écriture d’un livre.
Puis, un jour, le déclic s’est fait. C’était un jour d’anniversaire, le 10 août 2005, j’étais un peu angoissé par le temps qui passe. Mon fils m’a dit « Papa, pourquoi tu n’écrirais pas un livre ? ». Et j’ai démarré ce jour-là. Quelque temps après, je devais me rendre à Marrakech.
J’ai pris le train, une petite secousse m’a fait faire une fausse manipulation sur l’ordinateur portable de mon fils.
Et tout a été effacé. J’ai repris un mois plus tard. En général, la réécriture m’a pris un mois et demi.
Maintenant, je crois avoir comblé une partie d’un rêve que je porte depuis vingt ans. Quand on a été l’ami intime de Mohamed Choukri, et de Mohamed Khaïreddine, on ne peut être que tenté par l’écriture.

Dans votre livre, vous utilisez le « Je » autobiographique. Est-ce là un simple désir d’auto-affirmation ?
Le « Je est haïssable », mais cela était dit au 16ème siècle. Aujourd’hui, pourquoi ne pas affirmer son «moi», sa personnalité ? Ceci dit, mon livre reste une auto-fiction.
Quand je parle de «moi», j’utilise naturellement le «je».
Et dans ce livre, je ne parle pas que de moi. Je mets en scène plusieurs personnages autour desquels j’ai gravité un moment ou un autre.

Que pensez-vous de ceux qui disent que l’autobiographie n’est pas une œuvre de création ?
C’est une œuvre de création totale. Il est vrai que l’on part d’une plate-forme réelle, mais tout est romancé. Ce n’est pas un journal ou un récit de voyage, c’est une narration romancée.

À en croire une diction courante, tout le monde aurait des «cadavres» dans le placard. Dans quelle mesure, cette diction s’applique à votre cas ?
Moi, je suis né le 10 août 1954. C’était un jour de l’Aïd Lakbir. Le Roi regretté Mohammed V était en exil, on ne pouvait donc ni sacrifier le mouton ni fêter, sept jours plus tard, mon baptême. Je suis né donc dans un double placard.
Et ce n’est pas tout… 20 jours après ma naissance, on m’a amené à Boujaâd. Et je suis resté là-bas jusqu’à l’âge de 4 ans.

Journaliste-Radio, puis de télévision, vous révélez maintenant votre vocation d’auteur. En quoi le métier d’écrire recouperait celui du journaliste ?
J’ai été journaliste pendant vingt-six ans à Médi1, et j’ai toujours écrit.
Quand on écrit un journal radiophonique, ou télévisé, on doit faire attention au fil conducteur, aux enchaînements, aux transitions, et l’on soigne, autant que faire se peut, son style.
Mais les deux écritures n’ont rien à voir. Ce que mon métier m’a appris, c’est également l’utilisation d’un style imagé qui est le bienvenu dans le roman.

En post-face de votre livre, il est écrit que «Le Placard» est le début d’une trilogie. De quoi seront alors faits vos deux prochains livres ?
Le deuxième volet part de 1980 à 1990. Et, donc, il sera beaucoup question de Médi1 et également de la création de 2M.
Le 3ème volet, lui, part de 1991, date de mon accident grave, jusqu’à aujourd’hui.
Il ne s’agit pas du tout d’une chronologie, c’est un roman inspiré d’événements et de personnages réels dont je ne change pas les noms, sauf rares exceptions. Je ne fais, par contre, qu’évoquer les gens méchants parce qu’ils ne le méritent pas.
Mais je parle des gens dont je n’ai aucun mal à donner les noms.
Cette trilogie peut être comme un témoignage, mais un témoignage romancé.

Dans votre récit autobiographique, il est également, et naturellement, question de votre vie familiale. Comment vivez-vous votre statut de père de trois enfants ?
L’aîné est étudiant à Montpellier. Le cadet, une fille, est avec moi à Casablanca ; et le petit, il est avec sa mère à Tanger. J’estime que les enfants ont besoin de voir un père en action.
Là où l’image du père est la plus juste, c’est quand celui-ci travaille. Personnellement, j’ai eu des rapports très amicaux avec mes enfants. Et, parfois, il m’arrive de le regretter.
Les enfants en général ne connaissent pas leurs limites.

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