Salles de cinéma en détresse : Il était une fois des joyaux d’architecture

Salles de cinéma en détresse : Il était une fois des joyaux d’architecture

Il était une fois le cinéma. C’est ce que diraient nos enfants dans trente ans ou plus, quand ils visiteront, en tant que monuments historiques, ces salles mythiques d’un autre âge. Ils se rappelleront qu’il existait autrefois de grands espaces confortables qu’utilisaient les citadins dès les années 30 pour aller voir des films en famille ou entre amis, pour s’ouvrir l’esprit, rêver et se cultiver. A travers des cinémas, par exemple à Casablanca tels que l’Empire réalisé en 1927 par l’architecte italien Aldo Manassi et fermé depuis quelques années, le Rialto construit en 1930 par Pierre Jabin, le Lynx et le Rif construits respectivement en 1951 et 1957 par Dottore Dominico Grand prix de Rome, et d’autres salles, ils contempleront avec quelques touristes venus de part le monde les vestiges architecturaux d’une autre ère.
Une ère où, (comme on peut lire dans le numéro spécial avril-mai 2009 de la revue Architecture du Maroc dédié aux salles de cinéma) : «le développement de la cité avait coïncidé avec les bouleversements générés par la seconde révolution industrielle, marquée par le développement du cinéma en parallèle avec celui de la chimie, de l’aviation, de l’automobile, du pétrole, de l’électricité». Ce scénario «Les cinémas, monuments historiques, monuments de l’architecture» est concevable. C’est le nouvel angle d’attaque dans le combat d’une poignée de passionnés et de gens éclairés et visionnaires, pour sauver les salles de cinéma aujourd’hui. «Les 355 salles de cinéma au Maroc (dont seules 37 sont en activité) sont un patrimoine à classer. On ne peut pas détruire des œuvres d’art», «Ces cinémas ont un potentiel de développement touristique et culturel important». «L’art déco dont se distinguent ces derniers est un patrimoine architectural dont le Maroc, en particulier Casablanca, peut être fièr. Miami, étant la référence mondiale en art déco, ne dispose même pas de 5% de l’héritage que nous avons», ont souligné les différents architectes présents, mardi 15 septembre, à la conférence de presse organisée par l’Association «Sauvons les salles de cinéma au Maroc», la revue Architecture du Maroc et l’association Casamémoire autour du thème «Les salles de cinéma, joyaux d’architecture en détresse».
Les architectes, ont également proposé leur service pour penser à de nouvelles idées pour convertir ces salles à d’autres usages : salle de conférence, café théâtre, concerts, ou organisation du Festival international du cinéma d’architecture dans ces salles après restauration. Une 1ère édition de cet événement a été organisée par Selma Zerhouni, directrice associée  du groupe ArchiMédia. Ces arguments ayant pour but de faire réagir les autorités locales et l’opinion publique qui semblent insensibles et inconscients du désastre que subissent nos villes qui «perdent leur âme en perdant leurs salles de cinéma, souvent situées en plein centre urbain». L’image actuelle du cinéma au Maroc, et ceci n’a rien d’un scénario d’un film d’épouvante, est que de 50 millions de tickets vendus dans les années 80, actuellement le nombre d’entrées atteint à peine 4 millions.
Les CD et DVD piratés se vendent à chaque coin de rue en toute impunité. Les exploitants souffrent également de surtaxes qui pénalisent tout investissement ou rénovation de salles. Dans les années 70, le cinéma était le commerce le plus taxé avec 47% de taxe, actuellement il est à 23% avec l’enlèvement des taxes communales grâce à l’action de l’ancien directeur du CCM. Mais, les exploitants réclament leur remplacement par une TVA de 7% récupérable. Aussi, après plusieurs scandales, des salles comme le Rif de Casablanca sont désormais devenues des lieux associés à la débauche et à la prostitution. Les salles, malgré les efforts de restauration des exploitants, restent inattractives. Il y a des salles de quartier accessibles à 7 DH et qui ne font même pas un taux de remplissage de 5 à 10%. Même les multiplexes ne s’en sortent pas. Selon Abdelhamid Marrakchi, président de la Chambre marocaine des exploitants de salles de cinéma, le Megarama de Casablanca avec ses 14 salles n’est pas rentable. Pour couvrir ses frais, il faut qu’il fasse 1,5 million d’entrées par an, hors il est à 600.000. Celui de Marrakech étant loin du centre-ville fait à peine 150.000 entrées et 1 million 300.000 DH de chiffre d’affaires avec 9 salles. Le cinéma Rif de Fès en plein centre de la ville et avec un seul écran réalise un chiffre d’affaires de 3 millions DH. Et on ne vous a pas tout dit.  Ainsi dans ce contexte difficile dans lequel se trouvent les salles de cinéma au Maroc ainsi que les exploitants à qui on reproche tous les torts, la responsabilité doit être partagée par tous , y compris le consommateur marocain. Et avant qu’il n’y ait une « happy-end » pour les salles de cinéma, une prise de conscience générale et des actions immédiates sont nécessaires.


Le contrat-programme : Une solution qui ne fait pas l’unanimité

Dans ce tableau morbide du cinéma marocain compliqué et long à être peint sous toutes ses facettes, l’Etat, à travers le ministère de la Communication et le Centre national du cinéma marocain, propose «un autre scénario», ou ce qu’il serait adéquat d’appeler une vision stratégique pour 2014. Il s’agit du contrat-programme. En cours d’élaboration depuis le gouvernement Driss Jettou, ce plan a été modifié à deux reprises. Il est actuellement en cours de négociation entre le ministère de la Communication, celui des Finances, les producteurs, les exploitants de salles et le CCM et il prévoit 44 millions DH pour les festivals et 60 millions DH d’avances sur recettes pour la production. Il y est également question de la diffusion et l’incitation à la construction de multiplexes, en parallèle à la lutte contre le piratage, à laquelle reproche l’Association des exploitants de salles de cinéma avec celle des distributeurs représentés par Hamid Marrakchi d’être non prioritaire et sans délais. également dans ce contrat-programme, la rénovation ou la réhabilitation des vieilles salles de cinéma y est à peine évoquée, avec 900.000 DH pour la rénovation d’une salle. L’association précitée demande aussi à ce que l’enveloppe budgétaire équivalent de ce qui est accordé à la production nationale soit réservée à la rénovation des salles non encore démolies qu’elle soit ouvertes ou fermées.
Puisqu’il existe plus d’une centaine de salles non encore démolies et dont la rénovation  serait facile. «Les exploitants ne veulent pas détruire les salles parce que les terrains valent des fortunes», explique M. Marrakchi qui possède deux salles de cinéma. «On demande une commission interprofessionnelle et administrative qui sera chargée de faire le bilan et chiffrer les dépenses nécessaires pour la rénovation de chacune de ces salles et dont le recensement est facile à établir grâce aux archives du CCM», précise-t-il.

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