Sami Victor Dahhani, un ténor vigoureux

Sami Victor Dahhani, un ténor vigoureux

Sami Victor Dahhani est un jeune chanteur marocain d’opéra qui a hérité de sa mère argentine son penchant pour les vibrations sonores et le lyrisme incantatoire. Il a appris de son père la rigueur des gens du Sud et la force du caractère d’un Figuigui immigré en France pour parfaire ses études en mathématiques. À 21 ans Sami est déjà réputé pour sa maîtrise du bel canto italien classique. Un exemple de réussite dans un registre limité à quelques initiés dans le cercle restreint des ténors des temps modernes. Dahhani s’est initié au chant dès son plus jeune âge dans les choeurs dirigés par sa mère, Mirtha Alcaraz, qui l’a allaité, au passage, de son habileté à lire la musique, à interpréter les rôles ainsi que son admiration pour Pavarotti. À l’âge de quatorze ans, il entre dans la classe de chant d’Omar Ganidze au conservatoire Henry Duparc de Tarbes puis intègre celle de Jean-Paul Salanne. Et c’est en côtoyant le maître, Michel Milone, qu’il perfectionne sa technique et se fait distinguer lors des présentations dans les «Cloches de Corneille», l’Opéra de Quat’sous ou dans «Carmen», produit par les compagnies Warum et Sel Canto. Sur le plan des récitals, le jeune prodige enchaîne tous les styles : lied, zarzuela ou mélodie. Il se fera cependant distinguer dans l’opéra italien du XIXème siècle. Actuellement il peaufine ses études dans la classe d’art lyrique de Joelle Vautier au conservatoire Hector Berlioz à Paris. Par ailleurs, il anime des concerts à Paris, en Espagne et dernièrement il s’est produit à Oujda, Nador et Saidia.
«Je suivais ma mère à l’époque où elle travaillait et donnait des cours de chant. Et pendant longtemps je croyais que toutes les mamans étaient des professeurs de chant», avoue Sami à ALM. Et d’enchaîner: «C’est elle qui m’a fait comprendre qu’un bon chanteur c’est d’abord quelqu’un qui est bien dans son corps. Le chant permet d’exprimer des sentiments, des émotions et surtout communiquer des valeurs à partager. Mon contact avec le chant lyrique est aussi dû à ma fascination pour les costumes de théâtre et leurs couleurs chatoyantes. Et puisqu’à chaque chose il y a un déclic enchanteur, il a fallu que je poursuive une émission télévisée sur le grand ténor, Roberto Alagna pour que j’opte définitivement pour une carrière de chanteur d’opéra. J’avais à peine quatorze ans». Dahhani, qui est l’un des chanteurs d’opéra les plus jeunes en Europe, ambitionne de perpétuer une musique, dite savante, au-delà de ses terres de prédilection. Et s’il a choisi son pays natal pour tenter le défi, c’est qu’il a constaté avec satisfaction que plusieurs jeunes sont épris de musique andalouse ou gharnatie. «Quand on voit des enfants de moins de dix ans monter sur scène avec des costumes traditionnels et des instruments spécifiques pour interpréter des compositions qui datent de la conquête arabo-musulmane de l’Andalousie, on est fiers d’appartenir à ce pays. Cela nous donne aussi des idées et réconforte ceux qui sont comme moi, imprégnés des compositions classiques», explique-t-il à des jeunes qui lui ont demandé pourquoi il a opté pour un chant ancré dans la nuit des temps, alors qu’il pouvait faire carrière dans d’autres styles vu la puissance et la vigueur de sa voix.
En tant que jeune issu de l’immigration et d’un père fier de ses origines marocaines, Dahhani retourne à son pays dans l’optique de faire découvrir sa musique et démontrer qu’un chanteur d’opéra peut aussi contribuer à généraliser ce type de concert et démontrer au monde, à un moment où les jeunes sont demandeurs d’airs variés et de différents horizons, que la musique classique est encore d’actualité. «Les jeunes de mon pays sont curieux de découvrir tous les genres de musiques qui existent. Ce n’est pas le cas pour les jeunes en Europe qui commencent à s’enfermer dans des choix limités», note-t-il au passage. Ce n’est pas l’unique raison. Sami ne cache pas son ambition de contribuer à la promotion de sa région natale, notamment pour ce qui est du décollage touristique de la station balnéaire de Saidia. A l’instar de ce que peuvent apporter la pratique du golf et d’autres sports ou jeux qui font de l’accompagnement et de l’animation un atout attractif, Dahhani est convaincu que cette même clientèle touristique est éprise de chants classiques. De surcroît, il projette
de réaliser des concerts où les belles voix lyriques fusionnent avec des talents dramatiques pour enchanter un auditoire plus large que le cercle étroit des amateurs éclairés. C’est sa propre manière de conforter l’élan que connaît son pays en proposant une attractivité qu’on n’attendait pas au Maroc. «J’ai envie de mettre ma pierre à l’édifice car la culture et le tourisme font partie des moteurs de l’économie. Les talents artistiques existent et il faut canaliser les contributions des génies créatifs pour accentuer l’attractivité de nos destinations touristiques et démontrer au monde ce qu’on peut faire». Tout en enchaînant qu’«avec des voix juvéniles, des dictions soignées, des timbres clairs, et autres spécificités de chant on peut proposer des attractivités singulières», explique-t-il avec enthousiasme. Ceci dit, Sami pense que le statut d’artiste doit être revu pour que la créativité convoitée fasse la différence et joue son rôle de moteur de croissance économique. L’objectif majeur étant de faire mieux connaître cette musique au Maroc et faire connaître le Maroc grâce à l’apport de ce type de musique. «Je compte finir prochainement un diplôme d’enseignant de musique, comme ma mère d’ailleurs qui est une prof de musique. Et pourquoi ne pas tenter de faire de même avec les jeunes de mon pays et contribuer à faire connaître d’autres voix qui s’expriment dans ce type de registre. D’autant plus qu’on va ouvrir un conservatoire de musique à Oujda».
à 21 ans, Sami nourrit les rêves les plus inouïs d’un jeune ténor en quête de nouvelles sensations mais qui raisonne comme un expérimenté qui a semé à plusieurs vents. C’est un défi qu’il se lance et qu’il espère réussir.

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