Santé : La polysomnographie ou l’enregistrement du sommeil

Santé : La polysomnographie ou l’enregistrement du sommeil

ALM : Pr Mohamed Adnaoui, vous êtes spécialiste en médecine interne et chef du service de la Promotion de la recherche médicale au CHU de Rabat, vous êtes aussi responsable de la consultation de médecine interne dans votre établissement et du bilan Check Up, et vous êtes amené à demander l’enregistrement du sommeil appelé aussi la polysomnographie. Tout d’abord, qu’est-ce que c’est le ronflement ? Qu’est-ce que c’est le syndrome des apnées du sommeil ?
Pr Mohamed Adnaoui : Le ronflement est un bruit qui survient au cours de l’inspiration, produit par la vibration des parois pharyngées. Il correspond à un phénomène physique généré par l’augmentation de la vitesse du flux aérien et des phénomènes de turbulence.
Pendant le sommeil, la relaxation musculaire et la position sur le dos entraînent un rétrécissement du conduit pharyngé responsable du ronflement.  L’apnée du sommeil correspond à la survenue pendant le sommeil de difficultés respiratoires à type d’apnées (pause ou arrêt respiratoire) qui dépassent généralement 10 secondes et sont responsables d’un manque en oxygène et plusieurs réveils au cours de la nuit.
Le syndrome des apnées du sommeil par obstruction des voies aériennes  est  fréquent. C’est la première cause de somnolence diurne à partir de la cinquantaine et survient fréquemment chez le sujet obèse et ronfleur chronique. L’apnée obstructive du sommeil se déroule en 3 phases : blocage partiel des voies aériennes pendant le sommeil produisant un ronflement sonore, suivie d’un arrêt respiratoire allant de 10 secondes à 1 ou 2 minutes, enfin un bref réveil de la personne qui émet un grognement après avoir repris son souffle puis il se rendort et le cycle recommence.

L’enregistrement du sommeil est une étape préalable obligatoire pour l’analyse de ces troubles. Comment se déroule cet examen ?
Au cours d’une hospitalisation courte d’une nuit on procède à l’enregistrement du sommeil grâce à un support technologique comprenant une caméra vidéo, une unité informatique avec des logiciels d’interprétation. Sur le plan pratique, l’enregistrement polysomnographie va comporter de façon simultanée et continue pendant toute la période du sommeil l’étude de l’activité électrique cérébrale (EEG), la mesure de l’activité oculaire ( Electrooculogramme), l’activité des muscles par un électromyogramme (EMG), l’activité respiratoire par sa fréquence et l’activité cardiaque et l’analyse du niveau d’oxygénation par une oxymétrie de pouls (petit capteur  d’oxygène placé au doigt)
Une camera vidéo surveillera le déroulement du sommeil dans sa totalité tenant compte de tous ces paramètres..
 
Quelles sont les conséquences sur les patients et quel traitement va être possible ?
Le ronflement chronique retentit négativement sur la qualité du sommeil par les nuisances qu’il peut entraîner. Les perturbations du sommeil nocturne retentissent sur l’activité de la journée par une somnolence et un état de fatigue. La ronchopathie chronique constitue avec l’obésité une des principales causes du syndrome des apnées obstructives du sommeil. Le traitement consiste en des règles de bonne hygiène comme d’éviter le tabac et l’alcool, les somnifères et d’éviter de dormir sur le dos. En dehors de ces règles qui ne font qu’aider, on peut intervenir en réduisant les causes du rétrécissement du conduit pharyngé : appareil dentaire qui se porte pendant le sommeil ; radiofréquence,  résection des amygdales, de la luette et d’une partie du voile du palais. Ces interventions se font de façon conventionnelle ou grâce au laser. D’autres moyens que vous conseillera votre médecin sont possibles.  D’autres conséquences de l’obstruction des voies respiratoires au cours de l’apnée résident dans l’isolement social, la  dépression, le risque d’accident de la voie publique par somnolence diurne pendant la conduite, les conséquences de l’hypoxie avec retentissement cardio-vasculaire et hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral  thrombose veineuse et embolie pulmonaire.
 
La pression positive continue est une autre alternative au traitement. Quel en est l’impact sur les patients et leur mode de vie ?
La pression continue positive a bouleversé la vie de ces malades car son résultat se fait sentir dès la première nuit aussi bien sur la qualité du sommeil que sur les signes cliniques liés à l’hypoxie. Elle consiste à placer près du malade un petit appareil appelé CPAP et qui est relié à une attelle pneumatique sous forme de masque nasal délivrant de façon réglable et adaptée à chaque patient, des pressions mécaniques positives sur les parois du pharynx. Cette technique a comme avantages de ne pas être traumatisante. Elle améliore la vigilance diurne, la qualité de vie et du sommeil, la tension artérielle et réduit par là même les risques d’accidents de la circulation.
Malgré cette efficacité de 100 % et la disponibilité de nombreuses marques en commerce, cette technique reste contraignante responsable de réactions psychoaffectives dans 10 % des cas.

Cette pathologie d’apparence bénigne paraît largement méconnue des organismes tiers payant. Quelles sont les difficultés qui nuisent à une bonne prise en charge de ces patients ?
La ronchopathie chronique et le syndrome des apnées obstructives du sommeil représentent actuellement un véritable problème de santé et se retrouvent au carrefour de plusieurs spécialités dont l’interniste, l’ORL, le pneumologue, le cardiologue, l’endocrinologue, le neurologue, le pédiatre… Tous ces spécialistes sont amenés à demander un enregistrement du sommeil qui, effectivement, reste peu connu du grand public et des médecins. Les conséquences socio-économiques, cardio-vasculaire sont là pour affirmer  que le traitement doit être entrepris avant le stade des complications. Car en terme d’économie de  santé, les organismes tiers payants ont tout à gagner en remboursant l’examen polysomnographique, seul examen objectif permettant de préciser de façon rationnelle les indications thérapeutiques.

Propos recueillis par
H. Abdelfettah Tadlaoui

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