Sauvez le théâtre Cervantès de Tanger

Au temps des spéculations mercantilistes et des déclarations souvent incorrectement politiques, au moment où, d’une rive à l’autre de la Méditerranée, les esprits se chauffent, condamnés injustement au silence, d’autres esprits moins commerçants, continuent chaque soir à espérer, à prier, à jouer derrière les rideaux moisis d’un vieux théâtre. Malgré le froid, la poussière, une gigantesque toile d’araignée, l’odeur des rats qui dansent seuls et joyeux sur une scène abandonnée… bref malgré cette terrible incommodité du lieu, ces esprits improvisent dans l’indignation et la rage les péripéties d’une tragi-comédie absurde intitulée : «Le théâtre Cervantès de Tanger». Un bijou monumental laissé-pour-compte, gracieusement offert à l’usure du temps passé et à la prometteuse indifférence des décisions politiques à venir.
Un tombeau psychologique refermant dans ses entrailles, dans l’obscurité de ses recoins vides et abandonnés, le souvenir, hélas, oublié, des actrices et des acteurs qui l’ont un soir visité.
Tremblant de froid, ces étranges habitants, ces esprits aphones et sans corps d’un Cervantès universel réclament aussi chaque soir la lumière du jour.
Donnez-nous la réplique, venez-nous voir, crient-ils, chaque soir. Mais personne ne les entend. Ces esprits, ces fantômes sont l’incarnation secrète de nos mauvaises consciences, de notre silence impuissant mais coupable.
Parler de tomates autorisées à l’exportation, des accords de pêche négociés et renégociés n’implique pas les mêmes enjeux, ni non plus les mêmes motivations lorsqu’on parle de la réouverture de théâtre de Cervantès de Tanger.
Les esprits du théâtre Cervantès le savent, mais ils s’en moquent et haussent leurs épaules.

• Rachid Mountasar, Murcia, Espagne

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