Si Picasso m’était conté

A Rabat, sur une rue du centre ville, existait, il y a quelques années, une galerie d’art dénommée l’Atelier. Pratiquants et amateurs des arts, plastiques en particulier, se souviennent de cette maison comme un lieu privilégié d’exposition des oeuvres, de découverte des artistes, d’accueil d’un embryon de marché de l’art, d’une sympathique activité culturelle et mondaine qui animait intelligemment les débuts de soirée de la capitale. Le mérite de cette aventure revenait en premier lieu à Pauline de Mazières et Sylvie Belhassen, un duo de femmes qui a fait les beaux jours de la galerie. Pauline, avec son époux du célèbre cabinet d’architecture Faraoui-De Mazières, auquel on doit tout un style architectural à Rabat notamment (Immeuble de la CDG, place Pietri, ministère de l’Agriculture, Faculté de médecine, à la Cité des connaissances, etc…) ont été précurseurs dans l’intégration de l’art contemporain marocain à tous les grands projets d’architecture urbaine et touristique. Initiative qui a amené divers promoteurs à valoriser certaines oeuvres plastiques de noms connus tels Melihi, Chebâa, Belkahia, Kacimi, Bellamine… lesquelles sont encore visibles dans les halls de grands hôtels, d’édifices publics et d’institutions diverses. La deuxième, Sylvie, l’animatrice, la go-between, l’infatigable vulgarisatrice, l’organisatrice des vernissages, est toujours en service à la Villa des Arts de Casablanca. La galerie l’Atelier avait accueilli et fait connaître les plus grands noms de la peinture marocaine contemporaine, mais elle fut aussi le lieu de réception et d’exposition de la majorité des artistes étrangers, dont certains noms très célèbres, venus au Maroc grâce au réseau de connaissances de la Galerie et à sa réputation de sérieux et de crédibilité. Tout ceci pour dire le malaise que l’on ressent lorsque, aujourd’hui, on passe devant l’ancien immeuble qui abritait la galerie, au rez-de-chaussée, et qu’on voit qu’elle a été remplacée par un café-crémerie, de la banalité des dizaines et dizaines d’établissements de ce genre et qui constituent l’activité la plus prospère dans nos villes. On aurait pu trouver des explications somme toute très compréhensibles à cette forme d’«évolution» : exiguïté et décrue du marché de l’art, multiplicité des petites galeries, lassitude des créateurs de la galerie. Mais, la petite trace de l’ancienne activité du lieu et qui est inscrite au fronton du café sous forme d’enseigne, «le Picasso», laisse rêveur. Peut-être que le clin d’oeil fait par le cafetier à l’ancienne activité du lieu paraît sympathique et complice avec les nombreux adeptes auquel l’endroit rappelle de tendres souvenirs, mais pousser le trait au point de le forcer énormément en reproduisant sur l’enseigne du limonadier la célèbre graphie de la signature de Picasso, telle qu’il l’avait apposée au bas de la Guernica ou des fameuses toiles de la période bleue est tout simplement une forme d’hérésie assez choquante.

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