Silence radio autour d’un musée

Tout a été réfléchi grand pour le Musée Royal du Patrimoine et des Civilisations. Un budget de 270 millions de DH. Le programme de l’étude globale du projet a été confié à l’un des meilleurs spécialistes du monde en la matière, Patrick O’Byrne. Le coût de ce programme, financé par l’ambassade de France au Maroc, s’élève à 1,2 millions de dirhams. Quant au site retenu pour la construction de l’édifice, il se situe près de l’ancienne résidence du maréchal Lyautey à Rabat. Le maître d’ouvrage, le ministère de la Culture, a ensuite lancé un appel d’offres, conformément aux lois régissant les concours d’architecture. Vingt-deux cabinets d’architectes ont concouru, au début de l’été 2002. Ils ont rendu leurs projets dans les délais. Une commission d’experts s’est réunie au mois de juillet 2002 pour se prononcer sur les six premiers prix, mais les résultats n’ont toujours pas été proclamés ! Personne ne veut parler du musée Royal du Patrimoine et des Civilisations, personne n’est capable de fournir des explications. Personne n’est en mesure de dire si le projet a été abandonné ou pas. Tous les cabinets qui ont concouru savent pourtant que deux projets ont plus de chance que les autres. C’est tout ! Chakib Mustapha, l’un des architectes du cabinet Kilo, traduit le sentiment global des architectes sur le sujet : « Personnellement, je suis dépassé et je déplore ne rien pouvoir dire sur le sujet. La seule chose dont je sois sûr aujourd’hui, c’est que nous commençons à oublier ce projet pour lequel nous avons concouru avec passion ». L’absence d’informations engendre des suppositions et des rumeurs. Certains architectes évoquent l’exiguïté du site retenu pour le projet. D’autres, comme Abdelouahed Mountassir, supposent que le projet de l’aménagement de la vallée du Bou-Regrag, qui comprend la création d’un pôle culturel, serait en cause. « Il se pourrait que l’on pense à délocaliser le site du musée de la résidence de Lyautey au Bou-Regrag, mais je formule là seulement une hypothèse », dit-il. D’autres personnes regrettent l’absence d’un chef de projet capable de le porter du début jusqu’à la fin. Ils appellent à la nomination d’un homme, à l’aura intellectuelle incontestée, pour fédérer les bonnes volontés et faire aboutir le projet… Il est inutile de revenir sur l’importance d’un musée du Patrimoine et des Civilisations. Un bâtiment capable de restituer aux Marocains les marques de leur histoire qui remontent à plusieurs centaines d’années avant l’avènement de l’islam. Il est du ressort du ministère de la Culture, maître d’ouvrage, de donner des explications au sujet de l’absence d’informations sur le projet. De même qu’il est de son ressort de s’exprimer sur les travaux toujours suspendus d’un autre grand projet culturel à Rabat : le musée national d’art contemporain.

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