Souâd Bahéchar ou la soif de vivre

Bahéchar. Ce nom qui sonne exotique dans une oreille marocaine, l’auteur le tient de ses origines berbères. Pourtant, du pays berbère, cette native de Casablanca, le 24 mars 1953, ne garde vivace dans sa mémoire que le souvenir d’une grand-mère maternelle qui a eu une influence décisive sur son enfance. Elle l’a initiée aux valeurs chères à l’auteur : spiritualité, générosité et amour.
Souad Bahéchar a fait des études d’art et d’archéologie à Paris IV. Cette formation l’a portée tout naturellement à une grande proximité avec l’art. Elle a commencé par enseigner l’Histoire de l’art à l’Institut supérieur international de tourisme de Tanger. L’auteur ne saura pas résister au charme de cette ville. Elle s’y fixe. Elle a en effet occupé le poste de conservatrice du musée national de la ville.
Sa passion de l’art contemporain va l’associer aussi à l’une des galeries les plus actives de cette ville, la galerie Tanjah Flandria qu’elle a dirigée de 1990 à 1993. Départ ensuite pour l’Allemagne où elle a mûri le projet d’un roman. Le désir de rester proche de ses enfants la fera revenir au pays. « Il fallait que je sois attentive et à l’écoute de mes enfants » dit l’intéressée. Il lui fallait aussi voir clair en elle-même. « J’ai réalisé qu’en me rapprochant de moi-même, j’étais en train de me rapprocher du nid de l’écriture » ajoute t-elle. Commence alors la longue expérience de l’écriture.
Expérience remplie de doute, et chargée du regard interrogateur de ceux qui l’ont accompagnée. Où va la conduire cette aventure ? Et toutes les heures qu’elle met dans ce travail, est-ce de la peine perdue ? Souad Bahéchar reconnaît elle-même toutes les difficultés qu’elle a dû surmonter, en tant que mère de trois enfants, pour écrire son roman. « Je me suis occupée de mes enfants tout en pensant à mon livre. Il me fallait prendre sur mon temps de sommeil et de loisir pour le faire » précise-t-elle à cet égard. Et elle l’a fait ce livre. « Ce que je garde comme souvenir de mon premier roman, c’est une certitude absolument claire d’écrire. C’est difficile ! On entre en écriture comme on entre en religion ». Souad Bahéchar a mené une vie quasi-monacale pour mettre un point final à son roman. Elle a eu pour consolation l’accueil très favorable réservé à son livre. « Ni fleurs, ni couronnes » a d’emblée séduit les lecteurs. Ce livre se distinguait des romans de la littérature féminine en ceci que les femmes n’y sont pas superbes et les hommes infâmes. Ce roman raconte tout simplement la vie d’une femme, Chouhayra, haussée par la force de son opiniâtreté et de son courage au rang d’une héroïne.
Ce personnage a subi des épreuves extrêmement rudes, et a réussi à préserver sa dignité en prenant sa vie en main. Sa vie répond si bien à qu’elle a voulu en faire que le destin de cette femme se confond avec sa détermination à vivre. Au demeurant, ce roman est épuré de tout superflu. Il est également atemporel. Ni espace, ni temps, parce qu’en les effaçant, l’action devient prioritaire. Cette atemporalité situe le combat de cette femme au coeur des valeurs fondamentales de l’homme.
Souad Bahéchar a pris goût à l’écriture. Son deuxième roman est prêt. Il s’intitule « Le Concert des cloches ». Parions qu’il sera empreint de cette rage de vaincre pour vivre qui a caractérisé le premier.

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