Sow ou la sculture en mouvement

Quel choc attend les personnes qui visiteront l’exposition du sculpteur Ousmane Sow ! Que l’on soit habitué ou non à la fréquentation des oeuvres d’art, on ne peut regarder ses sculptures sans réagir. Elles ont une capacité d’appel irrésistible. Elles sortent le spectateur de son rythme habituel. Ce dernier est troublé par la présence de tant de corps massifs, comblant par leur présence l’espace qui les entoure.
Ousmane Sow sculpte en effet essentiellement des corps humains. Cet artiste, né à Dakar en 1935, est venu relativement tard à la sculpture. Il s’y est consacré en tant que professionnel à l’âge de 53 ans. Mais le métier qu’il exerçait, avant de se dévouer à l’art, l’a en quelque sorte préparé à pétrir de ses mains la matière pour donner naissance à des hommes. Ousmane Sow a été kinésithérapeute à Paris pendant de longues années. Ce métier lui a permis d’avoir une parfaite familiarité avec l’anatomie humaine.
Cette connaissance de l’anatomie ne signifie aucunement que l’intéressé s’enferme dans un naturalisme strict. Bien au contraire, ses sculptures tiennent leur majesté de formes à la fois naturalistes et exubérantes. Saw sculpte des personnages d’une taille imposante. Ils dépassent les 2 mètres. Ces personnages sont massifs, volumineux, corpulents. Ils rompent immédiatement avec l’esthétique occidentale. Ils constituent un manifeste contre la beauté académique. Ils heurtent l’ordre de la beauté souveraine que traduit toute représentation suivant des canons classiques. Mais dire cela ne signifie aucunement que ses corps ne sont pas beaux. Il suffit de les regarder pour être subjugué par la masse de chair et de muscles qu’ils déploient dans l’espace. L’art de Ousmane est également sans pudeur. Les organes de ses personnages sont à l’unisson de la taille et de la corpulence de leur corps. Lorsqu’on voit cette corpulence, on comprend que les formes généreuses sont mieux adaptées à la création plastique que les formes étriquées. La chose plastique aime les formes pleines…
Il existe un autre trait distinctif entre la sculpture de Ousmane Sow et l’art occidental. En Occident, c’est le visage qui permet de se saisir de l’expression d’un personnage peint ou sculpté. Ousmane Sow agit autrement. Il concentre toute l’expression de ses personnages sur le corps. Ce corps est presque toujours représenté en mouvement. L’art de Sow est basé sur le mouvement. « Je n’ai pas le moyen de faire parler mes sculptures. Donc, la parole, c’est le mouvement » nous dit le sculpteur.
Par ailleurs, du point de vue des matières qui entrent dans la fabrication de ses sculptures, Ousmane Sow est peu loquace. « C’est une vingtaine de produits que je laisse macérer pendant 4 ans avant d’atteindre le résultat que vous voyez en ce moment » se contente-t-il de dire. Mais on reconnaît la présence de la terre qui donne du relief à la texture des personnages, qui capte mieux la lumière. Sow doit utiliser une ossature en fer avant de la couvrir de chiffons, de toiles et de divers pansements. Voilà pour ce qui est des techniques.
En ce qui concerne l’artiste, il est considéré comme l’un des maîtres de la sculpture contemporaine en Afrique. Pourtant, c’est ailleurs que ses oeuvres sont montrées et reconnues. « En dehors de Dakar, c’est la première fois que j’expose en Afrique » nous confie-t-il.
Une exposition qu’il ne faut pas rater et dont il faut se féliciter. À cet égard, le festival Mawâzine est réellement impressionnant par la qualité des expositions programmées. C’est probablement la grande nouveauté de cet événement. Présenter à côté de spectacles de chant, de danse et de musique des manifestations peu populaires, mais qui feront sans doute date dans la vie artistique de notre pays.

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