Susan Sontag tire sa révérence

Susan Sontag tire sa révérence

Susan Sontag, la plus européenne des écrivains américains, n’est plus. Connue dans le monde entier pour son engagement politique contre la guerre du Vietnam, Susan Sontag avait défrayé la chronique politico-médiatique au lendemain des attentats du 11 septembre. « Ce n’était pas une attaque lâche contre la civilisation ou la liberté ou l’humanité ou le monde libre mais une attaque contre la superpuissance autoproclamée du monde », avait-elle déclaré. A cause de ses propos, Susan Sontag avait fait l’objet d’une sévère réaction de la part d’inconnus. Elle avait reçu des menaces claires de mort et des appels incessants pour que la nationalité américaine lui soit retirée. Face à ces multiples basses manoeuvres, Susan Sontag est restée de marbre. Elle a été même parmis les premiers Américains à s’insurger contre la guerre que George Bush mène, jusqu’à nos jours, contre l’Irak. Dernièrement, Susan Sontag a haussé le ton, encore une fois, en dénonçant les sévices et les tortures commis par des soldats américains à la prison irakienne d’Abou Ghraib. « On évite le mot torture. On dit abus, humiliations… mais le mot juste, c’est torture ». Cette écrivain n’a jamais mâché ses mots. Loin s’en faut !
Lors de la guerre du Vietnam, par exemple, elle s’était engagée contre l’intervention américaine. Elle s’était rendue à Hanoï, en 1968, alors que la campagne de bombardements battait son plein. Cette aventure s’est soldée par un récit émouvant. « Voyage à Hanoï », témoignage saisissant sur les atrocités de la guerre.
Auteur de plus de 15 ouvrages traduits dans une trentaine de langues, elle était connue surtout pour ses essais sur l’art et la littérature, et pour son analyse critique de l’Occident. En 2000, Susan Sontag avait reçu le très convoité « National Book Award», l’un des plus grands prix littéraires américains pour son roman, « En Amérique » sorti en 1999. Née en janvier 1933, à New York, cette romancière a démarré tardivement sa carrière de femme de lettres. C’est à l’âge de trente ans qu’elle a publié son premier roman, « Le Bienfaiteur ».
Ce livre, qui est une étude sur la formation de la personnalité, a connu un franc succès. « Sur la photographie », « La Maladie comme métaphore-Le sida et ses métaphores » et « Devant la douleur des autres » sont, entre autres, des ouvrages qui ont été édités dans les quatre coins du monde. En plus de la littérature, elle avait aussi tourné quatre films et mis en scène plusieurs pièces de théâtre. Considérée comme la plus européenne des écrivains américains, Susan Sontag doit cette réputation, en grande partie, à son livre, « L’Ecriture même : à propos de Roland Barthes », consacré entièrement à l’un des grands écrivains et critiques français du XXe siècle.
« Pédagogue, homme de lettres, moraliste, philosophe de la culture, connaisseur des idées fortes, mémorialiste de sa propre vie… parmi toutes les notabilités intellectuelles qui sont apparues en France depuis la Deuxième Guerre mondiale, Roland Barthes est celui dont l’oeuvre est, j’en suis persuadée, la plus sûre de durer.
À travers Barthes l’écrivain, je tiens à déchiffrer quelques procédés fondamentaux de la modernité littéraire et de la vision esthétique du monde », lit-on dans la préface de « L’Ecriture même : à propos de Roland Barthes ». Susan Sontag est décédé des suites d’un cancer qu’elle combattait depuis l’âge de 43 ans. Cet exemple de militantisme et d’engagement en faveur des causes humanitaires n’a cessé de clamer son indignation contre la guerre «La philosophie de l’artillerie : Cogito ergo boum ».

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *