Syndicats : Bataille sur fond de leadership

Hassan Nafali (Syndicat national des professionnels de théâtre)
Derrière cette « reproduction », il y a plusieurs raisons. D’abord, il y a des considérations strictement personnelles. Pour certains, il est question de leadership. Pour s’en rendre compte, il suffit de rappeler qu’au moment où il a été question de créer la Coalition marocaine pour les arts et la culture (le 7 décembre 2004), d’aucuns ont conditionné leur adhésion à cet organisme à l’acquisition du titre de « président » faisant fi des règles de la démocratie qui veut qu’il y ait des élections. D’autres voulaient que cette Coalition soit le monopole uniquement des syndicats qui existent, barrant ainsi la voie à l’adhésion de tout nouveau syndicat. Et puis, il y a ces petits groupes d’artistes qui, s’estimant « marginalisés » dans d’autres organismes, se liguent en « syndicat » alors qu’ils sont minoritaires.En ce qui concerne ma position, je suis pour le pluralisme. Mais ce pluralisme, garanti par la Constitution, ne doit pas se faire au détriment des artistes appelés, aujourd’hui plus que tout autre temps, à unir leurs efforts pour faire valoir leurs droits auprès de l’Etat.   

Abdelkrim Berrechid (Syndicat des écrivains et des chercheurs)
 L’Union des écrivains du Maroc (UEM) est une association et non un syndicat, et son rôle se limite à l’animation. Par contre, notre syndicat est porteur de revendications. Les responsabilités ne sont ainsi pas les mêmes, un écrivain peut être membre aussi bien de l’UEM que du Syndicat des écrivains et des chercheurs pour défendre ses intérêts, l’essentiel étant non seulement l’acte d’écrire mais aussi et surtout le statut de l’écrivain, sa condition sociale et matérielle. Vous n’êtes pas sans savoir que, durant plusieurs décennies, l’écrivain est resté marginalisé. Pire, nous continuons à entendre et lire des nouvelles sur des écrivains qui meurent dans l’indifférence. A chaque fois, on est obligé de faire jouer nos relations pour obtenir la prise en charge des frais de son hospitalisation. La création du Syndicat des écrivains et des chercheurs se fixe pour objectif de doter l’action culturelle et artistique d’une structure et d’un cadre qui permettra de défendre les droits de l’écrivain en tant que citoyen qui paye des impôts et qui contribue à sa manière d’inculquer des valeurs et de produire des idées. Le nouvel apport de notre syndicat est qu’il est ouvert sur les écrivains qui peuvent écrire en arabe soutenu, en arabe dialectal, en amazigh et en français. Il peut être intégré  aussi bien par des écrivains, des enseignants-chercheurs, que des scénaristes. Notre syndicat est plus pragmatique, plus réaliste et plus proche des préoccupations sociales des hommes de plume.

 Hassan El Joundi (Syndicat du théâtre marocain)
 La création de notre syndicat a été décidée en réponse à l’appel de certains amis dont certains étaient membres de l’autre syndicat (Ndlr : Syndicat national des professionnels du théâtre) alors que d’autres n’étaient pas du tout syndiqués. En acceptant d’être président de ce syndicat, j’ai voulu répondre positivement à l’appel d’amis qui avaient tant souffert de la marginalisation. Par la création de ce syndicat, il ne faut pas entendre que nous avons des divergences avec des professionnels du métier. Le problème est que, à la tête de l’ancien syndicat, il y avait un homme qui n’a rien à voir avec le théâtre. Et puis, il y avait, dans ce syndicat, certaines pratiques qui ont porté préjudice aux hommes de théâtre : la non-invitation de certains professionnels aux congrès organisés par ce syndicat, la prédominance des intérêts personnels sur l’intérêt collectif… En créant le Syndicat du théâtre marocain, nous voulions que cet organisme soit représentatif des intérêts de tous les gens de théâtre. A la tête de nos préoccupations, il y a la nécessité de trouver de l’emploi pour tous ces gens. L’artiste doit en priorité trouver du travail, c’est ce travail qui lui permettra de cotiser lui-même pour sa couverture sociale et autres charges qui sont un droit pour tout citoyen.

Mustapha Baghdad (Syndicat libre des musiciens marocains)
 Les artistes marocains avaient besoin d’un cadre où ne seraient représentés que des syndicats. Contrairement aux associations, dont le rôle se limite seulement à l’animation, les syndicats, eux, ont des rôles à jouer au plan aussi bien organisationnel, structurel que juridique, sachant qu’il leur appartient de défendre les intérêts des artistes. La création d’une corporation où ne seraient représentés que des syndicats était donc urgente, d’autant plus que le ministère de la Culture avait besoin d’un interlocuteur capable d’unir les artistes, de différents bords, autour d’une plate-forme d’idées. C’est pour cela que nous avons créé fin 2004 l’Union des Syndicats artistiques marocains. A l’instar des artistes égyptiens, rassemblés dans le cadre de l’Union des syndicats d’art présidée par l’acteur et réalisateur Sayed Radi, notre Union réunit plusieurs syndicats d’art : Syndicat du théâtre marocain (présidé par Hassan El Joundi), Syndicat national des plasticiens marocains (présidé par Abdellatif Zine), Syndicat des écrivains et chercheurs (présidé par Abdelkrim Berrechid)…

 Mohamed Melehi (Association marocaine des arts plastiques)
 Un syndicat, c’est un organisme qui défend les intérêts des salariés en premier lieu, il peut comprendre des artistes qui n’ont pas un niveau de création souhaitable, alors qu’une association se compose d’individus qui sont des free-lance, des artistes qui généralement travaillent chez eux. Je suis pour que les créateurs soient des gens qui produisent un art et une création de bon niveau. Cela dit, il est conseillé que les artistes s’organisent en syndicats pour défendre leurs intérêts, je ne suis pas contre le fait qu’il y ait plusieurs syndicats. Nous sommes d’ailleurs dans un Etat libéral…

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