Tanger : La muse de Mohamed Choukri

Tanger : La muse de Mohamed Choukri

La ville de Tanger est connue pour avoir attiré plusieurs écrivains et intellectuels de divers horizons. Pour faire le bilan des écrits et des romans sur Tanger, une conférence a été organisée vendredi dernier à l’initiative de l’Université d’Abdelmalek Essaâdi. Des écrivains, poètes et universitaires du Maroc, d’Espagne, des Etats-Unis et de Grande- Bretagne ont participé à cette rencontre.
Les conférenciers ont traité lors de cette rencontre de l’espace féerique et ensorceleur qui a marqué d’illustres noms de la littérature mondiale. Des écrivains qui ont en commun cette passion fascinante et insaisissable pour la ville du détroit. Les participants à cette conférence se sont proposé de prospecter cette relation versatile et insaisissable entre  »le lieu et l’écrit » pour tous ces grands noms de la littérature, qui ont voué un véritable culte pour la ville du détroit. A la séance inaugurale de cette rencontre, Andrew Hussen, de l’Université Wales Aberystwth (GB), a relevé que Tanger tient sa spécificité et son attrait du fait qu’elle a constitué le point de rencontre des civilisations occidentale et arabo-islamique. La muse des artistes s’est forgé sa singulière identité dans un brassage culturel mutuellement enrichissant et conflictuel, a-t-il estimé. Et d’ajouter : « dans l’étude des oeuvres des grands romanciers et poètes qui ont vécu à Tanger, il serait bien intéressant de sonder une nouvelle voie d’analyse basée sur l’influence des espaces et des lieux sur l’auteur et son oeuvre». Tel un aimant, cette ville a en effet, séduit des écrivains tels que Paul Bowles, Tennesse Williams ou encore Jean-Genet. Tanger était cosmopolite, son statut de ville internationale a favorisé la naissance d’un foyer culturel aux influences multiples.
L’écriture fait partie des secteurs qui ont tiré profit de ces influences. Cependant, on ne saurait parler des écrits de Tanger sans évoquer le nom d’un écrivain marocain qui a marqué de son empreinte la littérature marocaine contemporaine. Il s’agit bien de Mohamed Choukri, décédé le 15 novembre 2003 des suites d’un cancer. Il a disparu en laissant derrière lui les traces d’un grand passé littéraire. Son expérience fut propulsé aux devants de la scène par son roman autobiographique «Le pain nu » publié aux éditions Le Seuil en 1981. Un roman qui,on se rappelle a été censuré pendant une longue période, avant d’être enfin mis en vente au Maroc en 1997. Par ce roman, Mohamed Choukri avait réussi à relever un défi : celui de sublimer sa vie à travers l’écriture et oublier qu’il a vécu une enfance douloureuse. Il avait lui- même déclaré une fois : « Je me suis aperçu que l’écriture pouvait aussi s’avérer une manière de dénoncer, de protester contre ceux qui m’avaient volé mon enfance, mon adolescence et une partie de ma jeunesse ».
Les participants à la conférence de vendredi dernier ont tenu à lui rendre un ultime hommage posthume en sa mémoire. Chacun des participants a évoqué ses souvenirs avec Mohamed Choukri et ont souligné l’apport de l’oeuvre de cet écrivain à la littérature marocaine contemporaine. Aussi, ils ont évoqué le fait que Tanger a été d’une grande inspiration pour cet auteur de l’oeuvre «Le pain nu ». La ville cosmopolite et mythique de Tanger a en effet tellement influencé Mohamed Choukri, qu’elle finit par hanter ses écrits. Cette ville a bercé une bonne période de sa vie où il a donné naissance à des chefs d’oeuvres littéraires qui sont devenus par leur impact, universels. A part «Le pain nu», Mohamed Choukri a écrit plusieurs romans tels que «Le temps des erreurs» paru en 1992 aux éditions Le Seuil, «La tente» (1985) ou encore «Le fou des roses», (1999) pour ne citer que ceux là. Dans une intervention empreinte de nostalgie, Bahaa Eddine Toud, écrivain et ancien ami de Mohamed Choukri, a évoqué ses souvenirs avec ce dernier. Il a également raconté sur un ton anecdotique les querelles de Choukri avec ses pairs, notamment ses fâcheries avec Tahar Benjelloun, Driss El-Khouri et certains critiques. «Choukri était un écrivain hors pair qui a jalousement défendu son indépendance intellectuelle, en se tenant à l’écart des obédiences et du clanisme. Il a tenu à rester lui-même ».

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