Tannerie traditionnelle : Un savoir-faire ancestral en péril

Perpétué dans le temps, l’artisanat constitue un savoir-faire ancestral transmis d’une génération à l’autre. Cependant, certains métiers sont aujourd’hui en voie de disparition et les efforts se multiplient pour redonner vie aux secteurs touchés. La tannerie est l’une des pratiques séculaires au Maroc. Certes, elle constitue un secteur clé de l’artisanat marocain mais les handicaps qui entravent le développement et la transmission de ce savoir sont multiples et requièrent la mise en place de grands dispositifs pour soutenir ce secteur. «Nos vies étaient rythmées par des rituels ancestraux transmis de mère en fille. Tout au long de l’année, nous avons des activités qui correspondent à un programme annuel. Des activités liées à la moisson d’autres liées aux rituels des fêtes religieuses. Cependant, la fête du mouton avait un charme particulier. Après le sacrifice des moutons, les femmes se chargent de la peau des moutons. Et alors que certaines préfèrent la confier à un tanneur professionnel, d’autres prenaient plaisir à la préparer à la maison», souligne lhajja Fatima, sexagénaire. «Dans un premier temps, on s’assurait que la peau du mouton est en bon état et qu’elle ne contient pas de trous. Quand elle est en bon état, on la prend pour commencer le rituel de la préparation. La surface de la peau du mouton est ainsi recouverte de sel et on la laisse sécher. Ce qui permet d’empêcher les mauvaises odeurs et la dégradation. Le rituel de la préparation commence après quelques jours de la fête. Les femmes et petites filles se regroupent et s’adonnent à cette activité dans une atmosphère imprégnée de joie», explique-t-elle. «Nous usons de procédés simples que nous avons appris de nos mères et grands-mères et à l’aide de cailloux ou d’une boîte de conserve trouée avec un clou, nous commençons les préparations de «lhidoura». Les femmes et les petites filles polissent la surface de la peau de mouton pour ainsi enlever toutes les impuretés. Cette tâche peut, parfois, prendre une semaine et doit être faite méticuleusement pour ne pas abîmer la peau du mouton. Dans une dernière étape, nous brossons la laine et après nous la colorions à l’aide du henné chacune selon ses goûts. Certes, beaucoup de coutumes ont disparu depuis», exprime avec nostalgie cette sexagénaire. Si le rituel de la préparation de la peau du mouton était aussi un rituel pratiqué au sein de la famille marocaine, d’autres optaient pour le service d’un tanneur professionnel. En effet, et jusqu’à aujourd’hui, à la veille de la fête du sacrifice, les villes et les quartiers connaissent l’ouverture de nouvelles surfaces de tannerie traditionnelle. «Je suis tanneur, c’est mon métier et celui de mon père et grand- père. Nous avions l’habitude, lors de la  fête de mouton, de nous déplacer dans les villes et les quartiers et de louer des garages pour une durée déterminée afin de préparer les peaux de moutons pour les gens qui ont encore l’habitude de conserver «les hidourates» chez eux. Comme nous profitons de cette occasion pour collecter et acheter les peaux de moutons qui peuvent être jetées à la poubelle ou délaissées par les gens», souligne ce tanneur. «Certes, les temps ont changé et notre métier est en voie de disparition. J’ai été obligé de faire de mon métier principal un travail saisonnier que je ne pratique qu’en période de la fête du sacrifice. Il y a juste quelques années, la demande était encore moyenne et plusieurs personnes nous confiaient les peaux de moutons pour les tanner à un prix de 50 ou 60 dirhams. D’autres choisissaient de les colorer pour leurs donner plus d’attraits et les marier avec les nouveaux décors d’intérieur», souligne ce tanneur. «Certes, la demande a chuté et ce qui me désole le plus c’est de voir des peaux de moutons jetées à la poubelle alors que ce sont des bijoux et une matière de grande valeur qui peut servir à l’épanouissement du secteur artisanal. C’est d’ailleurs ce que nous faisons en ce mois de fête, nous tentons de racheter les peaux de moutons aux gens afin de nous en servir», explique ce tanneur. Constituant l’une des premières opérations de traitement des cuirs avant de les façonner, la tannerie traditionnelle demeure une des activités artisanales développées dans plusieurs villes du Maroc notamment à Taroudant. Néanmoins, les dispositifs de promotion et de soutien de ce secteur restent encore faibles. Comment conserver ce savoir -faire ancestral ? Et sensibiliser les gens à l’importance de la préservation de nos ressources ? Le défi est grand. Cependant, plusieurs associations au niveau des quartiers populaires et des villes se sont mobilisées pour sensibiliser les gens. « Je travaille dans le cadre d’une association locale, nous avons collecté cette année les peaux de moutons au niveau du quartier afin de les revendre à des prix symboliques aux tanneurs. Notre objectif est de sensibiliser les gens à l’importance de chaque ressource, l’argent que nous allons recevoir de ces ventes sera dédié au financement des activités culturelles qu’on organise au sein du quartier», souligne Ahmed, membre d’une association locale.

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