Tàpies, tapis et boule de gomme

Cela s’est passé la semaine dernière à la Villa des Arts. Des touristes français sont venus en masse pour voir l’exposition du grand peintre espagnol Antoni Tàpies. Comment ont-ils appris l’organisation de cette exposition ? On ne le sait pas, mais l’on est fondé de penser que c’est leur guide qui les a informés d’une expo de Tàpies dans un endroit charmant à Casablanca. Ils sont arrivés, vers 10 heures, par petits groupes de 50 personnes.
Les responsables du musée les attendaient pour leur faire un bon accueil. Ils avaient tout préparé pour développer encore plus leur intérêt pour l’art de Tàpies. Leur surprise a été toutefois grande en constatant que les touristes ne se bousculaient pas pour entrer dans les deux salles d’exposition, mais qu’ils se sont donné le mot d’ordre pour se ruer vers les toilettes au premier étage.
Certains sont même descendus pour marquer leur mécontentement à la directrice du musée. « Mais pourquoi diable n’y a-t-il que quatre cabines ici ? Il y a une queue monstre, on ne peut plus attendre ! » La directrice a eu tout le mal du monde à leur expliquer que le but du lieu n’était pas d’offrir des sanitaires aux touristes, mais de présenter des oeuvres d’art. Ah ! les oeuvres d’art, parlons-en. Ces touristes avaient l’oeil aguerri au défaut d’art. Ils se sont fait plusieurs clins d’oeil sur une faute d’orthographe portant le nom de l’objet de cette exposition. « Ces Marocains, ils ne sont même pas foutus écrire correctement le mot tapis » se répétaient certains. Car ces bons touristes étaient vraisemblablement là pour regarder, et peut-être acheter, des tapis. Et même en voyant des oeuvres, qui pouvaient induire en erreur seulement des personnes déterminées à trouver de la tapisserie là où il y a de la peinture, ils n’ont pas démordu de leur point de vue.
L’exposition en question présente en effet des oeuvres peintes sur des tissus synthétiques et des bouts de moquette. Ces étoffes ne sont pas encadrées. Elles ont aussi généralement subi l’action du temps. Ce qui a fait dire à un touriste : «mais de quel siècle datent ces tapis ?» Lorsqu’on leur a, à cor et à cri, expliqué qu’il y a confusion, et qu’il s’agit de l’exposition de l’un des peintres les plus importants de notre temps et non pas d’un bazar de tapis, ils ont commencé à faire des jeux de mots. On les entendait répéter d’un air goguenard le nom de Bernard Tapie. Décidément, Tàpies ne pouvait s’appréhender correctement pour ces personnes. Pour celles qui voudraient voir des peintures sans le préjugé d’une déformation d’orthographe, nous rappelons que l’exposition dure jusqu’au 3 novembre.

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