Télévision numérique : vrais enjeux et fausse tension

Télévision numérique : vrais enjeux et fausse tension

Le pole public de la radio et de la télévision (SNRT et 2M) que dirige Fayçal Laâraichi a démarré en décembre 2006 la mise en place de la télévision numérique terrestre (TNT) avec le double objectif d’améliorer la qualité de la diffusion et de répondre aux exigences en la matière de l’Union Internationale de télécommunications (l’UIT). Celle-ci avait décidé lors de la conférence de Genève en 2006 du basculement vers le tout numérique. En 2015 pour la bande UHF. Au Maroc elle ne concerne que 2M et quelques émetteurs de la SNRT. En 2020 pour la bande VHF sur laquelle opère l’essentiel de l’ex RTM. Au vu de ces échéances, il pourrait paraître qu’il n’y a pas urgence et que de ce fait le président du pole public aurait pu prendre son temps pour mieux goupiller son projet.
La Haute autorité de la communication audiovisuelle aurait tendance à prendre à son compte ce raisonnement en considérant que le passage de l’analogique au numérique a d’importantes implications notamment sur le téléspectateur qui devrait investir dans du matériel de reconversion de l’analogique au numérique. D’autres préoccupations, relatives essentiellement au contenu des programmes publics, animent la réflexion de la HACA.
Cette nuance dans l’appréciation du sujet et le timing qui en découle auraient été à l’origine d’une tension entre l’opérateur public et le régulateur de l’audiovisuel. Ce dernier n’aurait pas apprécié «le fait accompli» devant lequel l’aurait mis Fayçal Laâraichi. Le président du pole public est, en effet, passé à la vitesse supérieure en commençant dès 2006 le déploiement de son réseau TNT. Il devrait couvrir au terme de la troisième vague de déploiement, prévue pour mai 2007, 77% de la population marocaine. Actuellement la TNT couvre sept régions à partir des sites Rabat-Zaer, Casablanca-Ain Chock, Oujda-Megrez, Marrakech-Loukaïmden, Tanger-Cap Spartel et Meknés-Zerhoun.
Du côté de la SNRT on explique qu’il n’y a là rien de précipité mais une anticipation du mouvement pour roder ce mode de diffusion fondé sur le MPG2 et permettre la familiarisation avec le système. Pour sa part, le Conseil supérieur de la communication Audiovisuelle (CSCA) ne voit pas d’inconvénients majeurs à ce déploiement. «De toute façon, indique un membre du Conseil, la mise en place de la TNT, outre qu’elle est une exigence internationale, constitue l’une des obligations du contrat-programme qui lie l’opérateur public au gouvernement.» Au sens de la loi 77-03 relative à la communication audiovisuelle, les sociétés nationales de l’audiovisuel public sont tenues «d’assurer l’exécution de la politique de l’Etat dans les domaines de la télévision, de la radio, de la télédiffusion, de la production ou de la publicité.» Dans cette situation aujourd’hui, la SNRT et la SOREAD-2M qui, si elles sont soumises au même titre que les privés à la régulation de la HACA et de ses exigences contenues dans les cahiers des charges, naturellement avec des obligations particulières, leur création ou leur filialisation, contrairement aux privés, ne nécessite aucune licence ou autorisation du Conseil supérieur.
Il n’y a en conséquence aucune raison pour que la HACA se sente «outragée» par la démarche de Fayçal Laâraïchi. «Bien mieux, ajoute la même source, le conseil ne peut que se féliciter pour l’instant de l’esprit de coopération dont fait preuve le président du pole public.» C’est que dès leur première rencontre, fin 2004, Fayçal Laâraïchi, alors seulement directeur général de la RTM, avait informé le CSCA de son intention de se déployer dans la TNT. Par la suite, la Haute autorité n’a eu aucune réticence à lui assigner provisoirement, en coordination avec l’ANRT, les fréquences nécessaires au déploiement du numérique. Et récemment encore, février 2007, le président du pole public s’est rendu, en compagnie de ses collaborateurs proches du dossier, au siège de la Haca pour exposer devant le Conseil supérieur le détail de ses projets.
Les terrains de la collaboration constructive entre le régulateur et les opérateurs publics n’ont cessé de s’agrandir. Les dernières en date concernent le pluralisme en période normale, la mise à la disposition de la SNRT et de 2M du logiciel de décompte du temps de parole développée en interne par les services informatiques de la HACA, puis l’organisation d’un atelier sur la protection du jeune public auquel ont pris part plusieurs journalistes, animateurs et réalisateurs des deux chaînes.
Tout est donc dans le meilleur des mondes ? «Pas toujours et il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi. L’important est de persévérer sur la voie de l’accompagnement pour permettre à la régulation et à la libéralisation de se mettre en place dans les meilleures conditions possibles. Nous ne sommes qu’au début du chemin», ajoute notre source qui dit avoir peur de comprendre l’intérêt de quelques-uns à créer de la zizanie entre la HACA et l’opérateur public sur ce dossier de la télévision numérique. «Le sujet est si stratégique qu’il est malsain de l’exposer à des micmacs puérils», précise-t-il en expliquant que la Haute Autorité aussi bien que le président du pole public sont conscients que le «passage de l’analogique au numérique dépasse le simple enjeu technologique.» C’est dans ce sens que le CSCA a pris la décision, dans le cadre de ce que lui permet la loi, de mener une grande étude sur la TNT et ses implications.
Il entend aujourd’hui l’élargir au numérique pour la radio. Non seulement parce que la radio numérique est une solution heureuse à la rareté actuelle des fréquences qui entrave l’extension de la libéralisation, mais aussi parce qu’elle est inscrite dans l’ordre naturel de l’évolution technologique.

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