Théâtre féminin : Ce n’est pas du cinéma

Théâtre féminin : Ce n’est pas du cinéma

Au commencement, il y a eu «Coquelicot» de Bachir Qamari. Montée en 2004, cette pièce de théâtre, inspirée du nouveau code de la famille (Moudawana), tient toujours la route. Sollicitée par différents acteurs associatifs, la pièce poursuit sa tournée dans différentes villes du Royaume. Des représentations en ont été données non seulement dans des salles de spectacles, mais aussi dans des prisons et des hôpitaux. Kholoud, qui interprète l’un des personnages dans cette pièce, n’en revient pas. La pièce, qui joint l’utile (vulgarisation des nouveaux droits de la femme) à l’agréable (humour, jeux de marionnettes, etc), a reçu un accueil à tel point que le public continue d’en redemander. Même son de cloche. «B’nat Lalla Mennana», pièce de la troupe «Tacon» montée en 2005 d’après «La Maison de Bernarda Alba» (texte de Federico Garcia Lorca), met également la femme à l’honneur. Ecrite à l’origine pour brocarder l’Espagne du dictateur Franco, décrite par F.G. Lorca sous les traits de «femme ménopausée», cette pièce a été transplantée sur le Maroc pour retracer le combat de trois filles qui, cloîtrées par leur mère, finissent par se révolter et recouvrer leur liberté.
Dans cet esprit, Mohamed Zouhir, directeur de la troupe régionale de Rabat, monte, dans la même année 2005, une pièce d’après le même texte de F.G. Lorca «La Maison de Bernarda Alba». Il s’agit de «Dar Laman». Le traitement fait, dans cette pièce, du texte espagnol diffère de celui de la troupe «Tacon» dans la mesure où Mohamed Zouhir est resté fidèle à l’esprit tragique, alors que dans «B’nat Lalla Mennana», le sujet a été traité sur le mode de l’humour. Mais, sur le fond, les deux pièces se recoupent sur un même objectif : faire triompher la cause féminine. Plus encore, ces pièces apportent une caution aux efforts déployés dans le cadre de la réforme du code de la Famille. Mais passons, ce n’est pas fini. Pas plus tard que lundi soir dernier, la troupe «Masrah Sahat Ennas» a donné, au Théâtre national Mohammed V de Rabat, la première représentation d’une pièce montrant des femmes se battant pour faire valoir leurs droits auprès d’époux phallocratiques. Il est question de «Balizat al-merhoum» (La valise du défunt) qui, en dénonçant la cupidité de maris prêts à faire commerce de l’honneur de leurs épouses en contrepartie de la fortune, prend fait et cause pour la femme en général.
Tout compte fait, on constate que la femme revient ces derniers jours comme un leïtmotiv dans le théâtre marocain. Question : pourquoi la femme a-t-elle provoqué autant d’intérêt au cours de cette saison ?
Une chose est sûre : le théâtre marocain reprend à son compte un sujet qui a suscité l’intérêt de toute la société marocaine : la réforme de la «Moudawana» avec tout le débat qu’elle a provoqué. C’est dans ce contexte que se place la mobilisation des professionnels de théâtre, inscrivant leur action dans un débat de société crucial au progrès et à la modernité tant souhaités par les Marocains. A l’instar de tous les acteurs de la société, les professionnels de la scène veulent apporter à leur manière leur contribution à l’édification d’un Maroc qui ne peut plus se permettre de marcher unijambiste, sachant que le progrès souhaité ne peut être acquis sans la participation effective de l’autre moitié de la société : les femmes.

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