Théâtre : Le come-back de Jilali Ferhati

Théâtre : Le come-back de Jilali Ferhati

ALM : Après avoir consacré vingt ans au cinéma, vous voilà en train de renouer avec le théâtre. Pourquoi  ?
Jilali Ferhati : Cela devrait arriver un jour ou l’autre. Je suis arrivé au théâtre par le biais du cinéma. Autrement dit, j’ai pris mon billet au théâtre pour me retrouver au cinéma. Je ne fais alors que retrouver mes premières amours qui datent de mes études au lycée. A cette époque, j’avais monté, entre autres pièces de théâtre, « Zoo story» du dramaturge Edward Albee. Puis après, à Paris où je suis parti faire des études, j’ai joué dans une pièce intitulée « Echo Alpha » sur une mise en scène d’Ahmed Maânouni. Là-bas, j’ai fait de la pantomime, joué du Gogol, du Tchekov… Le théâtre a été à la base de ma carrière cinématographique, j’y ai retrouvé d’ailleurs les mêmes ingrédients. A cette différence près, qu’au théâtre les choses doivent mariner lentement, alors qu’au cinéma cela se fait en une seule fois.

Comment vivez-vous ce passage du cinéma au théâtre ?
Au théâtre, il y a un travail avec l’acteur beaucoup plus important. Il s’agit d’une confrontation directe avec le public, alors qu’au cinéma, l’acteur est protégé par les différentes grosseurs des plans.

Pour marquer votre retour au théâtre, vous avez choisi de mettre en scène le texte «La rue Shakespeare» écrit par le jeune dramaturge Zoubir Ben Bouchta. Qu’est-ce qui explique ce choix ?
Ce qui m’a plu dans cette pièce, c’est l’agencement des actes et des scènes. C’est un texte qui peut être complètement adapté au cinéma. Sur le fond, ce texte a pour toile de fond une rue tangéroise nommée «Shakespeare». On y retrouve tout ce qui fait le charme et la répulsion de cette ville. On y redécouvre les personnages qui ont hanté la vie de la ville du Détroit. Ils ressemblent à des personnages shakespeariens dans la mesure où ils sont souvent confrontés à des déchirements intérieurs, écartelés entre des sentiments tels que l’amour, le désamour…

S’agissant de la mise en scène, allez-vous utiliser des techniques cinématographiques pour donner plus de visibilité à votre spectacle ?
Je vais essayer d’être plus près du cinéma, mais cela ne sera pas une tâche facile compte tenu du manque de moyens. Je pense particulièrement à l’absence des supports techniques dans les salles de théâtre. Il existe peut-être un seul théâtre au Maroc qui peut accueillir un spectacle visuel.

Votre pièce a bénéficié d’une subvention d’une valeur de 85.000 dirhams octroyée par le Fonds national d’aide à la production théâtrale. Cette somme est-elle suffisante pour monter votre spectacle ?
J’espère que l’aide publique octroyée à la production théâtrale sera beaucoup plus consistante. Mais cette aide reste en soi une initiative très positive, cela vaut mieux que rien. Auparavant, les gens n’avaient même pas de quoi acheter une ampoule. Nous vivons aujourd’hui une reconsidération louable.

Que pensez-vous du théâtre marocain ?
On a besoin d’un théâtre qui soit plus visuel. Il est temps que notre théâtre se débarrasse d’une vision selon laquelle un spectacle est défini beaucoup plus par le texte. Dans ce théâtre, il s’agit plutôt d’une littérature lue sur scène.

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