Théâtre marocain : grandeur et décadence

Théâtre marocain : grandeur et décadence

Le monde entier s’apprête à fêter, ce dimanche, 27 mars, la Journée internationale du théâtre. Si sous d’autres cieux, il est « le père de tous les arts», ici, il est le parent pauvre des formes artistiques présentes au Maroc. Faire le bilan de l’activité théâtrale marocaine suppose, de prime abord, qu’activité il y en ait. Les choses étant ce qu’elles sont, le théâtre est dans une ornière. Et il risque de s’y enfoncer davantage, si les mesures nécessaires tardent encore à être mises en œuvre. Le théâtre est avant tout un espace d’échange, de dialogue et de communication. L’absence d’une infrastructure, en bonne et due forme, est l’une des raisons qui sapent les fondements de la pratique théâtrale. Sur l’ensemble du territoire national, l’on compte sur le bout des doigts le nombre des salles de théâtre.
Et c’est à Rabat où l’on trouve l’unique établissement digne de cet art : le théâtre Mohammed V. Le théâtre Royal de Marrakech, lui, tarde toujours à être optimisé. Mais là n’est pas le seul problème. « On ne peut pas expliquer l’état actuel de notre théâtre uniquement par le manque d’infrastructures. Il ne faut pas oublier le rôle du public dans le développement de cette forme artistique. C’est une réalité : au Maroc, il n’y a pas de public pour le théâtre », note Mohamed Affifi, secrétaire général du Syndicat des professionnels du théâtre. Le théâtre, dans son appréciation contemporaine, ne date certes que de quelques décennies : plus de cinquante ans, mais la jeunesse de cette expression artistique ne peut nullement justifier le mal qu’a cet art à marquer son territoire et à s’imposer sur la scène artistique nationale. D’ailleurs, de nombreux dramaturges marocains déplorent le fait qu’aucune initiative d’initiation aux B.A.-B.A de cet art n’a été menée auprès du grand public. Il n’est jamais trop tard pour bien faire diront certains, surtout depuis l’arrivée de quelques bouées de sauvetage. En fait, le ministère de la Culture avait commencé par élaborer un programme de soutien à la production théâtrale.
Tenant à exprimer sa ferme volonté de mettre cet art au-devant de la scène artistique nationale, le ministère en question a augmenté à 30 le nombre de compagnies soutenant le théâtre, soit une hausse de 3 %. Il a également procédé à la création du fonds d’aide au théâtre et au renforcement des activités à travers des rencontres et des festivals. Au titre de l’année 2004-2005, la commission de soutien à la production théâtrale a accordé une subvention pour 23 troupes théâtrales, après l’examen de 73 dossiers de diverses régions du pays. Parmi ces 23 troupes théâtrales qui ont bénéficié de cette aide, l’on cite, «Kaoukab Mekano» du Théâtre d’Aujourd’hui, «Bent El Bacha» du Théâtre de Casablanca ou encore « Youm Min Zamanina» de Masrah El Abaa.
Dans une récente sortie médiatique, le ministre de la Culture, Mohamed Achâari a précisé que cette subvention couvre 60 % des coûts que nécessitent ces projets. « Aux troupes de se débrouiller pour le reste », avait-il précisé. Mais tous ces efforts risquent de tourner en eau de boudin, si la création en la matière n’arrive pas à constituer et à fidéliser un public. Il faut noter que les premières pièces théâtrales dataient des années 1950 avec la troupe Maâmoura et que le nombre des troupes de théâtre est allé crescendo avec l’avènement de l’ère de l’indépendance. C’est ainsi que des artistes ont pu rapidement se frayer leurs chemins dans ce domaine. Il s’agit précisément de l’auteur et metteur en scène, Abdessamad Kenfaoui, le pionnier du théâtre marocain, décédé en 1976. Sa célèbre adaptation de Tartuffe de Molière, « Si Taki », restera à jamais gravée dans les annales théâtrales marocaines.
Il y a aussi d’autres hommes du théâtre qui n’ont cessé de brûler les planches et d’enrichir le paysage artistique national par des pièces théâtrales avec des thèmes aussi divers qu’innovants, tels que Tayeb Seddiki, Abdelkader Badaoui….
La marge de manœuvre de la production théâtrale est restée cependant cloîtrée entre deux créneaux. « Au Maroc, il y a deux types de théâtre : populaire et élitiste. La pièce théâtrale populaire est conçue pour faire rire et celle dite élitiste est montée sur scène pour jouer des textes de certains dramaturges internationaux », explique un fin connaisseur du théâtre au Maroc. Si le « populaire » arrive tout de même à tirer son épingle du jeu avec l’engouement du public, l’« élitiste », quand à lui, reste l’apanage d’une poignée d’initiés. Eugène Ionesco, Bertolt Brecht ou Pierre Corneille se jouent souvent devant un public très peu nombreux. Le bout du tunnel ne serait-il pas un théâtre go-between entre ces deux courants ?

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *