Théâtre : Spectacle lamentable

Théâtre : Spectacle lamentable

Une dizaine de salles de spectacle pour environ 3 millions de Casablancais. Ce nombre répond-il au besoin de la plus grande ville du Royaume ? « Que non », vous répondra un habitant de la mégalopole. Mais à ce déficit patent en matière d’infrastructures culturelles, dans une ville qui détiendrait pourtant 70% du chiffre d’affaires de l’économie marocaine, vient s’ajouter cette autre réalité amère : la majorité des salles que compte la ville, quand elles ne sont carrément pas fermées, se trouvent dans état lamentable. Le «cas» que présente Sidi Belyout, pour ne citer que ce complexe se trouvant toutefois dans l’une des communes les plus riches de Casablanca, est plus qu’effarant : des chaises décarcassées, une tapisserie râpée, des murs écaillés… L’état du Complexe Moulay Rachid n’a rien à «envier» à celui de Sidi Belyout, tant l’entretien fait défaut.
Parmi les dix salles de Casablanca, plusieurs ont par ailleurs portes closes. On pense au vieux Théâtre municipal (Rue des FAR) ou ce qui en reste, utilisé par son ex-directeur comme une salle de fêtes ( !), sans oublier des salles dans la construction desquelles d’anciens « élus » ont investi des sommes faramineuses mais qui ne sont toujours pas ouvertes au public. A nommer, entre autres, le Théâtre des Roches Noires.
Pas plus loin que Casablanca, à Mohammédia précisément, on ne comprend toujours pas pourquoi son théâtre, l’un des plus grands en Afrique, ne fonctionne pas. Les habitants de la ville de Fédala ne comprennent pas non plus pour quelle raison autant d’argent avait été placé dans cet édifice alors que, plusieurs années après sa construction, il n’est pas encore opérationnel.
A Tanger cette fois-ci, le sort du Théâtre Cervantes est toujours inconnu. Créé dans les années vingt du siècle précédent, ce théâtre espagnol menace aujourd’hui de crouler sous l’œil passif, voire indifférent des autorités de la ville du Détroit. Indifférence d’autant plus insignifiante que les autorités espagnoles auraient promis de prendre en charge les frais de réhabilitation de cet édifice historique, à condition que les autorités de tutelle se chargent de son animation.
Or, voilà où le bât blesse. Nos salles de spectacle, en tout cas la plupart d’entre elles, fonctionnent au ralenti. Péchant par un manque flagrant d’animation, ils restent sans âme.
Hormis les Instituts culturels étrangers (Instituts français, Cervantes, Goethe-Institut, entre autres), lesquels prévoient des programmes d’animation mensuels, il n’y a rien ou presque du point de vue national. A défaut d’idées ou d’initiatives, puisque c’est de cela et seulement de cela qu’il s’agit, -le prétexte du manque de moyens ne tient plus-, les staffs de nos complexes culturels en sont réduits à se tourner les pouces.  D’aucuns mettront ce vide sur le compte de l’ « inaction culturelle », mais là encore ce prétexte ne tient plus. Car à quoi sert un complexe culturel s’il n’est pas capable de produire lui-même ses propres activités ?
Si cela devait nous édifier sur un point, c’est surtout sur une certaine idée que les responsables se font de l’art et plus globalement de la culture. Parlons vrai, le problème n’est pas la désaffection présumée du public à l’égard de la chose culturelle, l’enthousiasme des Marocains pour les festivals et leur soif du spectacle particulièrement infirment cette thèse. Le problème consiste, par contre, en cette idée clichétique selon laquelle la culture dans notre pays reste un « luxe ».
Comment alors faire changer d’idée à certains «élus » pour leur faire comprendre que tout développement souhaité ne peut se faire sans le développement des arts et de la culture ? Que le métier d’art ou de plume ne vaut pas moins que celui d’enseignant, d’ingénieur ou de médecin ? Que toute « mise à niveau » doit d’abord et avant tout se faire à l’échelle des « têtes » ? Et que généralement tout changement doit être précédé par le changement des mentalités ?

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